Le rôle d'un archiviste de films, souvent appelé archiviste audiovisuel, est fondamental pour la préservation du patrimoine cinématographique. Son métier est de veiller à ce que les films, qu'ils soient anciens ou récents, puissent être consultés par les générations futures. C'est un gardien de la mémoire visuelle et sonore.
La première étape pour un archiviste est la recherche et la récupération des films, des rushes de tournage, des bandes-son, des scénarios, des photographies de plateau, et tout autre document lié à une production. Il les obtient auprès de maisons de production, de particuliers, de studios ou par l'achat lors de ventes.
Les films étant sur des supports fragiles, les pellicules peuvent se détériorer avec le temps à cause de l'humidité, de la chaleur ou de l'acidité. L'archiviste met en place des mesures de conservation préventive (contrôle de la température et de l'humidité) et, si nécessaire, effectue des restaurations. Cela peut aller de la réparation physique de la pellicule à la numérisation des films pour assurer leur pérennité.
Vient ensuite le catalogage car l'archiviste doit organiser les archives de manière rigoureuse pour qu'elles puissent être retrouvées facilement. Il crée des bases de données et des fiches détaillées pour chaque film et document, en y ajoutant des informations comme le synopsis, l'équipe technique, le casting, la date de production et l'état de conservation.
Enfin, l'archiviste ne se contente pas de stocker les films, il les rend accessibles au public. Il peut organiser des expositions, des projections ou des ateliers pédagogiques pour partager ce patrimoine. Il répond également aux demandes de chercheurs, d'historiens ou de particuliers qui souhaitent consulter les fonds d'archives.
L'archiviste peut avoir des notions de droit d'auteur pour savoir quelles sont les œuvres que l’on peut diffuser ou non. Cependant, les questions juridiques et la gestion des droits d'auteur sont la responsabilité d'un juriste ou d'un spécialiste du droit cinématographique.
L'archiviste peut assister à des ventes pour acquérir de nouvelles archives pour sa collection, mais l'activité d'achat et de vente de films à des fins commerciales est la responsabilité de la gestion de la collection et du service des acquisitions.
L'archiviste doit maintenir ses espaces de travail propres pour préserver les archives, mais le nettoyage des lieux de stockage est souvent effectué par des équipes de maintenance spécialisées qui respectent les normes de propreté et d'hygiène des archives.
Bien que l'archiviste puisse organiser des projections d'œuvres restaurées dans le cadre d'événements culturels, ce n'est pas sa mission principale.
Il est conseillé de suivre une formation de niveau universitaire en histoire, en histoire de l'art ou en cinéma. Ces cursus permettent d'acquérir une solide culture générale et une connaissance des arts visuels.
Les masters spécialisés en archivistique ou en gestion du patrimoine audiovisuel sont les plus pertinents. En France, l'École nationale des chartes propose un master de référence en archivistique, avec une spécialisation dans les archives audiovisuelles et numériques.
L'expérience pratique est cruciale aussi. Il faudra passer par des stages (voire du bénévolat) dans une cinémathèque, une filmothèque ou une fondation de préservation du patrimoine cinématographique.
Participer à des projets de numérisation de films pour des festivals ou des institutions culturelles est utile pour comprendre le processus de restauration et de préservation numérique.
Le secteur est assez fermé et le réseautage est très important pour trouver des opportunités.
Les conditions de travail d'un archiviste de films sont très spécifiques et diffèrent grandement des métiers de la production cinématographique. Elles sont axées sur la préservation, ce qui implique un environnement contrôlé et l'utilisation de technologies de pointe.
Les horaires de travail sont généralement réguliers, de jour, et se déroulent en semaine, à la différence d'un plateau de tournage. Cependant, des déplacements pour des acquisitions ou des événements spéciaux peuvent avoir lieu.
L'archiviste travaille principalement dans des locaux spécialisés, tels que des cinémathèques, des centres d'archives nationaux ou des fondations privées. Ces lieux sont conçus pour la conservation des supports sensibles, avec des conditions de stockage très précises, notamment en matière de température et d'humidité.
L'environnement de travail est souvent calme et méticuleux, loin du rythme effréné d'un plateau de tournage. L'archiviste passe beaucoup de temps à son bureau pour le catalogage et la gestion des données, ou dans des laboratoires de restauration.
Sur le plan technologique, il faut maîtriser des logiciels spécialisés de restauration numérique (tels DaVinci Resolve ou Adobe After Effects), les scanners de films professionnels (machines scannant chaque image de la pellicule pour la numériser en très haute résolution, créant ainsi une copie de sauvegarde numérique).
Le reste concerne le matériel de conservation (chambres froides et armoires de conservation pour le stockage des films) ou les tables de montage et les bobineuses (pour enrouler et dérouler sans risque la pellicule physique).
Au-delà de sa mission universelle (préserver, restaurer et valoriser le patrimoine cinématographique), la façon de faire le métier, les moyens disponibles et la reconnaissance sociale varient énormément.
En Europe, on peut parler de tradition patrimoniale car l’histoire forte des cinémathèques (Paris, Bologne, Berlin) a rendu les archivistes comme des “gardiens du temple” du patrimoine culturel. En France, par exemple, le CNC et la Cinémathèque française donnent une visibilité considérable au travail des archivistes et on y associe souvent une dimension savante : l’archiviste est aussi historien du cinéma, médiateur culturel, proche du monde universitaire.
A Hollywood, les archives sont liées aux majors studios, qui protègent leurs catalogues comme des actifs financiers. L’archiviste y est parfois plus proche d’un asset manager que d’un conservateur patrimonial. Les universités et fondations privées (UCLA Film & Television Archive, Academy Film Archive) jouent aussi un grand rôle, mais la reconnaissance publique de l’archiviste reste moins “intellectuelle” qu’en Europe.
Dans certains pays Asiatiques (Japon, Inde, Hong Kong), il existe une tradition cinéphile forte, mais souvent la conservation est venue tard, ce qui fait qu’une partie du patrimoine a déjà disparu. En Chine, le métier est souvent perçu comme stratégique : préserver le cinéma, c’est aussi préserver une partie du récit national. En Corée du Sud, où l’industrie du cinéma est en pleine expansion mondiale, les archivistes ont gagné en prestige car ils participent à la projection culturelle du pays. L’Inde, énorme producteur de films, fait face au défi du volume colossal : l’archiviste est parfois plus un sauveur dans l’urgence qu’un conservateur raffiné.
En Afrique, Moyen-Orient ou en Amérique latine, l’archiviste est souvent confronté au manque de financements, d’infrastructures adaptées, voire de conditions climatiques défavorables (chaleur, humidité). Le métier prend une dimension militante car préserver le cinéma, c’est préserver une mémoire fragile, souvent menacée par les conflits, la censure ou l’oubli. Des initiatives comme celles du FIAF (Fédération Internationale des Archives du Film) permettent de soutenir ces régions, mais le rôle local reste très engagé.
L'archiviste doit bien entendu connaître les différents types de supports cinématographiques, y compris les pellicules (acétate, nitrate, polyester), les bandes magnétiques et les formats numériques. Il doit savoir comment numériser les films pour les préserver et les rendre accessibles. Il doit maîtriser les logiciels de restauration numérique pour réparer les défauts, les rayures et les déchirures, ainsi que pour corriger les couleurs.
Afin de stocker les films correctement, l'archiviste doit pouvoir contrôler la température, l'humidité et les conditions de l'environnement de stockage.
Enfin il doit connaître les bases de données et les logiciels de gestion de collection pour classer les films, documenter les métadonnées et faciliter les recherches.
La rigueur, l’organisation et la minutie sont essentielles pour la conservation, la restauration et le catalogage. L'archiviste doit faire preuve d'une grande attention aux détails.
La restauration de films anciens peut être un processus très long et complexe. Il faut faire preuve de beaucoup de patience pour travailler sur ces projets.
Le goût pour la recherche est une qualité primordiale. Il faut être capable de faire des recherches pour identifier des films, des rushes et des documents qui peuvent être perdus ou oubliés. La curiosité est un atout précieux dans ce contexte.
Concentrons-nous sur 3 aspects fondamentaux du métier : la science, la logistique et la diplomatie nécessaires pour combattre l'ennemi numéro un du cinéma : la dégradation physique du temps.
La science de la conservation (contre la dégradation)
Il faudra d’abord maintenir les bobines de film (nitrate, acétate, polyester) à des conditions très strictes. Pour le film couleur, l'idéal est une température proche de -4°C et une humidité relative de 35%. Le froid ralentit la dégradation chimique.
Ensuite il faudra tester périodiquement les films à base d'acétate (qui remplacent le nitrate). Si les bobines dégagent une odeur d'acide acétique (vinaigre), cela signifie que le film est en train de se décomposer (le Syndrome du Vinaigre). Ces films doivent être immédiatement isolés et numérisés.
Le film en nitrate de cellulose (utilisé jusqu'aux années 1950) est extrêmement inflammable et peut s'auto-combustioner. L'astuce est de le stocker dans des chambres froides séparées et ignifugées pour éviter une catastrophe.
Enfin, les bobines doivent être rembobinées de temps en temps pour s'assurer que la tension est uniforme et que l'émulsion n'adhère pas aux spires.
La logistique et l'identification (contre l'oubli)
Dans sa quête de la perfection, l’archiviste ne se contente pas d'une seule version. L'archiviste compare les copies (négatifs, contretypes, copies d'exploitation) pour trouver celle qui est la plus complète, la moins dégradée et la plus proche de l'intention originale.
L'Art de la reconstruction (Patchwork) consiste à reconstituer un film manquant ou incomplet en utilisant des fragments provenant de différentes sources (parfois même des copies d'exploitation étrangères qui contiennent des scènes coupées ailleurs).
Utiliser des machines de nettoyage humide (wet gate printer) pour masquer temporairement les rayures lors de la numérisation. La machine remplit les rayures d'un liquide de même indice de réfraction, permettant à la lumière de passer sans que le défaut ne soit capturé.
Le processus de restauration numérique
Au niveau de l’image, scanner le film à une très haute résolution (souvent 4K ou même 8K) pour capturer autant d'informations que possible, car c'est la seule opportunité avant une dégradation accrue.
Pour ce qui est du son, dans la restauration numérique, il est souvent traité en premier. Le son analogique est délicat, et une fois numérisé, il sert de référence temporelle pour synchroniser l'image et l'action.
Tout cela n’est applicable que si l'archiviste sait naviguer dans le complexe réseau des droits d'auteur et des héritiers. L'astuce est de convaincre les ayants droit que la restauration est la seule façon de préserver leur héritage (et donc leur valeur).

Henri Langlois est sans aucun doute la figure la plus emblématique du métier. Co-fondateur de la Cinémathèque française en 1936, il a consacré sa vie à la sauvegarde des films. À une époque où les films étaient souvent jetés après leur exploitation, il a compris leur valeur historique et culturelle. Sa passion l'a conduit à récupérer des milliers de bobines de films, souvent en mauvais état, pour les préserver. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il a caché des films pour les protéger des forces d'occupation nazies, sauvant ainsi des œuvres qui auraient pu être perdues à jamais. Son travail a inspiré des générations de cinéphiles et de réalisateurs, comme François Truffaut et Martin Scorsese, qui ont reconnu l'importance de son rôle dans la préservation de la mémoire du cinéma.

Martin Scorsese est considéré comme un des plus grands défenseurs de la préservation du cinéma. Il a créé The Film Foundation en 1990 pour sensibiliser le public au sort des films en péril et pour lever des fonds en vue de leur restauration. Son activisme a inspiré d'autres réalisateurs à s'impliquer dans la préservation du patrimoine cinématographique, soulignant l'importance du travail des archivistes.
Parmi les réalisateurs fondateurs ou membres de la fondation, on trouve des noms emblématiques du Nouvel Hollywood et au-delà : Steven Spielberg, Francis Ford Coppola, George Lucas, Stanley Kubrick, Woody Allen, Robert Redford, Clint Eastwood, Wes Anderson ou Christopher Nolan.

Il est aussi impossible de ne pas citer la restauration exemplaire du Napoléon d’Abel Gance, sous la direction de Georges Mourier, réalisateur et chercheur, pour le compte de la Cinémathèque française. Ce travail titanesque, qui a duré 16 ans, a permis de reconstituer la "Grande Version" du film, en collaboration avec des laboratoires spécialisés comme Éclair Classics / L'Image Retrouvée. La restauration a bénéficié du soutien du CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée) et a impliqué également la monteuse Laure Marchaut pour la reconstruction du film.
Cette version restaurée est considérée comme la plus proche de la vision originale d’Abel Gance (à 95% selon Georges Mourier), intégrant des éléments dispersés à travers le monde et des innovations techniques pour restituer la qualité visuelle et narrative du film.