Assistant Réalisateur (First assistant director)

Bras droit du réalisateur, responsable de la planification et de l'organisation logistique du tournage et de la coordination entre les différents départements.

Les métiers d'assistant réalisateur et de réalisateur sont distincts, même s'ils travaillent en étroite collaboration. On peut les voir comme deux rôles complémentaires mais avec des responsabilités très différentes.

 

L'assistant réalisateur est le gestionnaire et l'organisateur du tournage. Il est le bras droit du réalisateur, mais son rôle est plus technique et logistique. Il s'assure que la vision du réalisateur peut être concrétisée dans les délais et le budget impartis. Le 2ème assistant gère surtout les acteurs et la figuration, et le 3ème assistant s’occupe des tâches administratives et logistiques mineures.

 

Le réalisateur est le chef d'orchestre du film. C'est lui qui a la vision artistique et créative du projet.

L'assistant réalisateur est le pilier logistique et organisationnel du tournage. Sa mission principale est de traduire la vision artistique du réalisateur en un plan de travail concret et réalisable, puis de s'assurer de sa bonne exécution sur le plateau. Il est le point de convergence entre le réalisateur, qui se concentre sur l'aspect créatif, et le reste de l'équipe de production, qui s'occupe de la logistique et de la technique. C'est lui qui gère le flux constant d'informations et d'instructions entre le réalisateur, les acteurs, les techniciens (son, lumière, image), la régie et les figurants. 

 

En tant que “gardien du temps”, il établit le plan de travail en amont du tournage, en détaillant chaque scène, chaque prise, et le temps nécessaire pour les réaliser. Sans cette planification rigoureuse, le tournage risquerait de s'éterniser, engendrant des coûts supplémentaires et un chaos général. Son rôle est de faire en sorte que chaque journée de tournage soit optimisée pour respecter les délais.

 

L’assistant décharge le réalisateur de toutes les préoccupations matérielles et organisationnelles. Sans un bon assistant réalisateur, le processus créatif du film serait paralysé par les problèmes pratiques.

La direction d’acteurs est le rôle exclusif du réalisateur. L'assistant réalisateur peut donner des indications pratiques ("Tu dois marcher jusqu'à ce point", "N'oublie pas ta tasse"), mais il ne travaille pas sur l'interprétation des émotions ou la psychologie du personnage. Tout comme il ne prend pas de décisions artistiques (cadrage, interprétation), qui relèvent exclusivement du réalisateur.

 

Le budget du film est la responsabilité du directeur de production. L'assistant réalisateur doit s'assurer que le tournage reste dans le cadre du budget alloué, mais il n'est pas responsable de la gestion financière globale du projet.

 

Chercher et trouver les lieux de tournage incombe au régisseur général et à son équipe. L'assistant réalisateur planifie le tournage en fonction des lieux qui ont déjà été choisis.


La logistique du matériel est la responsabilité de l'équipe de la régie qui s'occupe de l'installation des décors, des accessoires et du matériel technique. L'assistant réalisateur ne fait que coordonner leur action pour qu'ils soient prêts au bon moment.

Il n'y a pas de parcours unique et obligatoire mais les diplômes des écoles de cinéma et d’audiovisuel (la Fémis ou l'École Nationale Supérieure Louis-Lumière (ENSLL)) offrent une formation de très haut niveau.

 

Il existe aussi de nombreuses écoles privées (EICAR, 3iS, CLCF, etc.) qui proposent des cursus spécialisés en réalisation ou en assistant réalisateur. Ces formations permettent d'acquérir une connaissance globale de la chaîne de production, du scénario au montage, et de se familiariser avec le plateau.

 

Les expériences professionnelles sont irremplaçables. Être stagiaire ou 3ème assistant réalisateur est un point de départ classique. On est souvent chargé des tâches les plus simples, comme la gestion de la figuration ou le maintien de l'ordre sur le plateau mais c'est un excellent moyen de se familiariser avec l'environnement du tournage, d'apprendre les codes du métier et de se faire remarquer par son sérieux et son organisation.

 

Le passage au poste de 2ème assistant réalisateur marque une évolution importante. Le 2ème assistant est en contact direct avec les acteurs, qu'il gère sur le plateau, s'assure qu'ils sont prêts à l'heure et les appelle pour les prises. C'est une étape cruciale pour développer ses compétences relationnelles et son leadership.

 

Enfin, le poste de régisseur adjoint permet de travailler sur la logistique du tournage, de trouver des solutions aux problèmes matériels et de gérer l'organisation sur le terrain. Cela donne une excellente vision des contraintes pratiques du tournage, ce qui est essentiel pour devenir un bon assistant réalisateur.

Les journées de tournage sont longues, pouvant durer de 10 à 12 heures, voire plus. Les horaires sont irréguliers, dépendant du plan de travail, des impératifs de la production (lumière naturelle, disponibilité des acteurs, etc.) et des aléas du plateau.

 

Le lieu de travail de l'assistant réalisateur varie énormément d'un projet à l'autre. Il peut s'agir de studios de cinéma, de décors naturels (forêts, plages, villes), d'intérieurs (appartements, bureaux) ou de lieux publics. Le travail est itinérant et demande une grande adaptabilité.

 

Sur un plan technologique, les logiciels de planning de production sont incontournables. Le plus connu est Movie Magic Scheduling, qui permet de créer des plans de travail détaillés, de gérer les fiches acteurs, les lieux et les équipements.

 

Les fiches de service et de plateau sont des documents essentiels qui résument le planning de la journée de tournage. Ils indiquent les scènes à tourner, les heures d'arrivée des acteurs et de l'équipe, les lieux, les accessoires nécessaires, etc. Elles sont souvent générées par les logiciels de planification mentionnés ci-dessus.

 

Le 1er assistant réalisateur est souvent le seul à travailler en étroite collaboration avec le réalisateur et le directeur de production.

La mission principale de l'assistant réalisateur, qui consiste à organiser et à gérer la logistique du tournage pour permettre au réalisateur de se concentrer sur l'aspect artistique, est une constante à travers le monde. 

 

Dans le cinéma occidental (Europe, États-Unis), l'assistant réalisateur est clairement perçu comme l'intermédiaire entre la vision du réalisateur et la réalité du plateau. C'est un rôle de médiation et de coordination très hiérarchisé. Son travail s'arrête généralement à la fin du tournage, car la post-production est gérée par d'autres équipes. En France, le rôle est très encadré par des conventions collectives, tandis qu’à Hollywood, il est plus flexible et peut inclure des responsabilités supplémentaires.

 

Dans de nombreux pays d'Asie, l'assistanat est très souvent une étape obligatoire et respectée pour devenir réalisateur. Des figures comme Akira Kurosawa ou Bong Joon-ho ont passé des années à travailler en tant qu'assistants, apprenant toutes les ficelles du métier sur le terrain. Le rôle est perçu non seulement comme une fonction de gestion, mais aussi comme une formation pratique intense, où l'on développe une compréhension profonde de la mise en scène et des techniques de production.

 

Le cinéma indien a ses propres spécificités, notamment avec des tournages qui peuvent être de très grande ampleur, incluant de nombreuses scènes de danse et de foule. L'assistant réalisateur y est une figure clé pour gérer le chaos inhérent à ces productions. Son rôle inclut la gestion de centaines de figurants, la coordination de décors complexes et la planification de scènes musicales qui demandent une organisation très rigoureuse. C'est un rôle où l'autorité et la capacité à diriger de grandes équipes sont particulièrement mises à l'épreuve.

 

Le rôle de l'assistant réalisateur a également évolué avec les contraintes budgétaires et les nouvelles technologies. Dans les productions à petit budget, il peut avoir plus de responsabilités, touchant à des aspects qui seraient normalement délégués (recherches de lieux, casting des figurants). Avec la numérisation, l'assistant s'appuie désormais sur des logiciels de planification sophistiqués et des outils de communication instantanée qui rendent son travail plus efficace, mais aussi plus complexe à gérer.

Une combinaison de compétences techniques, organisationnelles et relationnelles sont nécessaires, le rôle étant un mélange de gestion logistique et de support créatif.

 

La compétence la plus importante est la gestion du temps et du planning. L'assistant réalisateur doit être capable d'établir des plannings rigoureux et de les faire respecter. Cela demande de la rigueur et une excellente capacité d'anticipation pour gérer les imprévus. La maîtrise des outils numériques (logiciels de planning, communication instantanée) est devenue indispensable pour ces sujets.

 

Il doit avoir une bonne compréhension des différents métiers du plateau (caméra, lumière, son) pour pouvoir coordonner les équipes efficacement. Il doit savoir ce qui est faisable techniquement et dans quels délais. Pour cela, il doit être capable de diriger une équipe de plusieurs dizaines de personnes, de motiver les troupes et de faire respecter les consignes.

 

Bien qu'il ne soit pas responsable des choix artistiques, il doit être capable de comprendre la vision artistique du réalisateur pour l'aider à la concrétiser. Il doit avoir un certain sens du rythme et de la mise en scène pour bien appréhender le déroulement du film.

Au-delà des compétences techniques et des diplômes, certaines qualités personnelles sont absolument essentielles pour réussir et s'épanouir. 

 

La rigueur et le sens de l'organisation sont des qualités fondamentales. Un bon assistant réalisateur est le garant de la structure du tournage. Il doit être méticuleux, capable de planifier à l'avance et de gérer une multitude de détails sans rien laisser au hasard. Son efficacité repose sur sa capacité à maintenir l'ordre dans le chaos.

 

Les imprévus étant monnaie courante sur un plateau de cinéma (météo, problème technique, retard, etc.) le professionnel doit faire preuve d'un sang-froid à toute épreuve, de créativité pour trouver des solutions rapidement, et d'une grande flexibilité pour modifier le plan de travail en temps réel sans compromettre l'efficacité.


Enfin, l'assistant réalisateur est un chef d'équipe. Il doit être capable de diriger avec autorité mais aussi avec diplomatie. Il doit motiver les équipes, désamorcer les tensions et faire le lien entre des personnalités et des métiers très différents. Un bon communicant avec un sens de l'écoute est indispensable.

Un assistant réalisateur est d’abord le maître de l’organisation et de l’anticipation. Il lui faudra toujours découper le scénario en fonction des lieux, des acteurs et du matériel. Un film ne se tourne jamais dans l'ordre du script. Le but est d'optimiser chaque jour sur un lieu donné pour ne pas y revenir. C’est ce qu’on appelle la découpe technique (stripboard). Mais il devra aussi anticiper tous les problèmes potentiels : météo, acteur malade, matériel en panne, embouteillages. Il doit avoir un plan de rechange pour chaque séquence. « La seule chose certaine sur un plateau est que le plan va changer. »

 

 

L’assistant réalisateur est aussi le gardien du chronomètre sur le plateau. Le système du huitième l’aidera à diviser la journée de tournage en huitièmes pour évaluer le retard. Un assistant réalisateur efficace sait dès 9h s'il a perdu ou gagné du temps et ajuste le plan de travail en conséquence (sans affoler le réalisateur).

Jerry Ziesmer

Jerry Ziesmer est un nom qui revient souvent quand on évoque les grands assistants réalisateurs américains. Il est connu pour son travail sur des films cultes tels que Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, Scarface de Brian De Palma ou encore Rencontres du troisième type de Steven Spielberg. Son expérience sur des tournages aussi complexes et parfois chaotiques que celui d'Apocalypse Now a fait de lui une référence en matière de gestion de production et de résolution de problèmes.

 

« Ready When You Are, Mr. Coppola, Mr. Spielberg, Mr. Crowe. » - Titre de son livre de mémoires (2000), qui raconte ses 30 ans de carrière à Hollywood.

Paul Feyder

Souvent, l'excellence d'un assistant réalisateur se révèle dans une collaboration durable. Par exemple, Paul Feyder (fils du réalisateur Jacques Feyder) a travaillé comme assistant réalisateur pendant près de 40 ans. Il a collaboré à une cinquantaine de films, ce qui témoigne de son endurance et de sa fiabilité. On retrouve son nom au générique de films d'Yves Allégret, Marcel Carné, Max Ophüls, Roger Vadim, Billy Wilder ou encore Woody Allen et Sydney Pollack.

David Leitch

David Leitch représente une autre voie d'accès à la réalisation. Ancien coordinateur de cascades et assistant réalisateur, notamment sur les films des frères Wachowski et de Steven Soderbergh, il est devenu un réalisateur de premier plan, connu pour ses films d'action stylisés tels que John Wick et Atomic Blonde. Son parcours illustre comment les compétences techniques acquises en tant qu'assistant réalisateur, notamment dans la gestion des scènes complexes, peuvent servir de tremplin pour une carrière de réalisateur.

 

« J'ai fait de la Seconde Équipe [second unit] pendant des années, ce qui est un peu comme réaliser des mini-films. » - BrainyQuote (2015)

Akira Kurosawa

Akira Kurosawa (Japon), avant de devenir l'un des réalisateurs les plus influents de l'histoire du cinéma, a débuté sa carrière en tant qu'assistant réalisateur dans les années 1930. Il a travaillé pendant cinq ans sous la tutelle de son mentor Kajirō Yamamoto, qui a très vite reconnu son talent. Cette expérience a été cruciale pour le développement de son style unique et de son approche méticuleuse de la production, le préparant à devenir le réalisateur de films légendaires tels que Les Sept Samouraïs et Rashōmon. Son parcours est un exemple parfait de la façon dont l'assistanat est une école de formation à la réalisation.

 

« À moins de connaître chaque aspect et phase du processus de production cinématographique, vous ne pouvez pas être un réalisateur de film. Un réalisateur de film est comme un commandant sur la ligne de front. Il doit avoir une connaissance approfondie de chaque branche du service, et s'il ne commande pas chaque division, il ne peut pas commander l'ensemble. » - Something Like an Autobiography (1982)