
Le festival de cinéma chef op' en lumière à Chalon sur Saône, est le seul et unique dans le monde qui met en avant les directeurs et directrices de la photo. Camerimage, en Pologne, les célèbre aussi, mais dans une moindre mesure. Quand on sait que le directeur de la photo est le numéro 2 sur un plateau, on peut s'étonner de cette anomalie.
Cette édition de plus de 60 films a été très internationale avec de nombreux pays représentés, mais surtout tous les genres étaient présents. Beaucoup de premiers films ont révélé des maladresses (parfois) mais des talents prometteurs (surtout). Le jury, composé de chef opérateurs, réalisateurs etc., ont nommé SORDA grand vainqueur (très mérité), LE GARCON QUI FAISAIT DANSER LES COLLINES pour le prix du public et FATHER pour le prix des lycéens. Voir les avis plus bas dans la page.
Dans la catégorie des courts-métrages (que je n'ai pas pu voir) ADA et LE DIABLE ET LA BICYCLETTE on été récompensés.
J'ai été ravi aussi de voir un film du Nigéria, car on ne devrait pas oublier que Nollywood est la troisième industrie cinématographique au monde, même si elle n'a démarré que dans les années 1990. Je vous invite à voir Un jour avec mon père si vous voulez goûter au cinéma comme on le faisait avant les technologies modernes.
De nombreux très grands films, récents ou plus anciens, ont été projetés. C'est le propre des festivals de nous offrir de la qualité, variée.
La date du prochain festival est déjà fixée du 8 au 15 Mars 2027. Y serez-vous?
La 8e édition de ce festival unique en France s'est déroulée du 28 février au 8 mars 2026. Contrairement aux festivals classiques, celui-ci met à l'honneur les " métiers de l'ombre ", et plus précisément les directeurs de la photographie.
Cette année, c'est Agnès Godard (fidèle collaboratrice de Claire Denis) qui préside le jury. Il y a eu plus de 60 films, dont de nombreuses avant-premières et des pépites restaurées. Un hommage particulier a été rendu à Jean Rabier, grand chef opérateur de Claude Chabrol.
Des Master Class (notamment sur la saga Kaamelott le samedi 7 mars) et une compétition de courts-métrages a mis en avant les femmes à la caméra. Il y a eu aussi le "Festival des Petits" le mercredi 4 mars.
Retour sur une semaine de cinéphilie bien chargée.
Le 1er Mars 2026
Le festival a ouvert ses portes avec une programmation internationale et variée, mettant à l'honneur l'esthétique de l'image. Nous avons pu voir trois projections suscitant des réactions variées sur la justesse des récits et la qualité technique des œuvres présentées.
Broken Voices (Ondrej Provaznik, 2026 - République Tchèque Slovaquie) : Une plongée subtile dans l'adolescence des années 70.
La matinée a débuté avec l'avant-première de Broken Voices, une coproduction entre la République tchèque et la Slovaquie, déjà auréolée d'une mention spéciale du jury au festival de Karlovy Vary en 2025. Situé dans les années 70, le film explore avec subtilité le phénomène d'emprise et l'ambivalence du passage à l'âge adulte chez de jeunes filles. On peut saluer la justesse des relations entre adolescentes, même si certaines longueurs ont été notées. La réalisation est solide avec une photo et des décors représentatifs des années 70. Les acteurs, notamment la jeune actrice principale, sont excellents, jouant très justement. Je regrette cependant que certains seconds rôles n'aient pas été plus creusés (la mère du chef de chorale, par exemple).
Nino dans la nuit (Laurent Micheli, 2026 - Belgique France) : La banlieue entre clichés et désillusions
L'après-midi a laissé place à Nino dans la nuit, dont la sortie nationale est prévue pour le 4 mars. Ce long-métrage traite de la vie nocturne en banlieue, de la drogue et de la difficulté de s'extraire d'un système jugé "faux". Je déplore un sentiment de "déjà-vu" et une absence de renouvellement dans le traitement social du sujet. J'ai regretté un manque de nuances morales, avec des personnages refusant de saisir les opportunités pour rester dans leur monde. Dans cette description de milieux bien différents, les caricatures ne sont pas évitées.
Darling (John Schlesinger, 1965 - Grande Bretagne) : Le retour d'un classique avant-gardiste
La journée s'est achevée sur une note nostalgique avec la projection de Darling (1965) de John Schlesinger, porté par Julia Christie, au charme éblouissant de ses 25 ans. Son oscar de la meilleure actrice n'a pas été usurpé. Ce film, restauré en 4K, véritable témoignage d'une époque, m'est apparu avant-gardiste sur les questions du féminisme et de l'évolution de la femme. Le public s'est divisé sur ce film, certains le jugeant trop lent. Ça n'est pas mon cas. Le débat s'est cristallisé autour de la psychologie de l'héroïne, décrite par une spectatrice comme une femme sans "colonne vertébrale" face aux prédateurs de son temps, d'autres la voyant comme une femme perdue, qui, ne sachant pas quelle vie elle veut réellement, s'essaie à plusieurs modèles.
Cette première journée au festival de Chalon m'a offert un panorama contrasté, entre découvertes contemporaines et redécouverte d'un classique méconnu.
Le 2 Mars 2026 - Technique et film
Présentation du Stemirax qui est un dispositif optique innovant conçu par le chef opérateur Théo Fauger en collaboration avec l'ingénieur Jérôme Mols. Inspiré par l'histoire de la stéréoscopie, cet outil utilise un système de miroirs articulés et motorisés pour créer des effets de dédoublement et de superposition d'images directement à la prise de vue. Contrairement aux effets numériques, cet accessoire permet une approche organique et précise, offrant aux réalisateurs une liberté créative immédiate sur le plateau. Le projet a évolué d'un prototype artisanal vers une version professionnelle destinée à la location cinématographique. Les inventeurs soulignent l'importance de préserver une dimension humaine et physique dans la création d'images face à la montée des technologies virtuelles.
Le fonctionnement concret du dispositif repose sur un système optique articulé composé de quatre miroirs qui se répondent devant l'objectif de la caméra. Le dispositif est conçu pour être robuste et se monte directement sur des tiges (rods) de 19 mm standards au cinéma. Voici les détails techniques de son fonctionnement:
Les créateurs prévoient aussi l'utilisation de miroirs texturés ou teintés pour superposer des images floues sur des images nettes ou mélanger différentes teintes.

Le système de miroirs

Théo et Jérome derrière le Stémirax

Exemple d'effet
Plus fort que moi (I swear) (Kirk Jones, 2026 - Grande Bretagne) : Pure comédie dramatique
Le film dépeint le syndrome de Gilles de la Tourette. Il aborde à la fois l'aspect pédagogique et social de la maladie. J'ai trouvé la performance de l'acteur principal impressionnante tout en me posant la question sur l'équilibre entre l'humour et la dimension dramatique. On peut apprécier la dédramatisation du handicap tout en regrettant un ton parfois un peu trop léger. Il est vrai qu'il est assez facile de faire rire sur le sujet... Par contre la réalité sociale de l'époque est très bien représentée tout comme le calvaire des familles face à l'ignorance publique. Les avis peuvent diverger sur l'efficacité de cette approche cinématographique, mais on s'accordera sans aucun doute sur l'utilité du film pour sensibiliser le grand public.
Voici comment la maladie est représentée dans le film :
Le film a sû bien utiliser le levier de l'émotion et de l'humour pour transformer un sujet médical complexe en un récit accessible, tout en montrant la dureté sociale et familiale qu'implique ce handicap.
Le 3 Mars - multiculturalité!
Tôt le matin, j'ai commencé par La fille du Kombini. Ce film Japonais a connu une carrière remarquable dans son pays depuis sa sortie le 1er décembre 2023. Il s’agit d’une adaptation du roman de Sayaka Murata, qui avait remporté l’équivalent du prix Goncourt japonais en 2016. Le film aborde des thèmes universels comme la quête de sens, la pression sociale et la recherche d’un équilibre de vie, ce qui a résonné avec le public japonais, notamment dans un contexte où les questions de surmenage et de bien-être au travail sont très présentes.
En France, le film est prévu pour sortir en salles le 15 avril 2026.
Le film m'est apparu apaisant (certains pourraient dire ennuyeux, mais pas moi), mettant en lumière la pudeur et la délicatesse des relations humaines dans la culture japonaise. Le jeu des actrices semble refléter la manière dont certains jeunes Japonais communiquent entre eux, avec une grande retenue et une certaine maladresse touchante. Le film aborde avec subtilité des thèmes comme l’échec professionnel, la quête de sens et la reconstruction personnelle.
Même si l'esthétique lumineuse de l'image est soignée, le scénario est un peu plat. La mise en scène épurée, centrée sur le quotidien banal d'une jeune femme asociale et solitaire, travaillant dans une supérette (Kombini) est marquée par des longueurs et une réalisation statique, le récit séduisant tout de même par sa grande sensibilité et la beauté de son actrice principale. Finalement, le film évoque des émotions universelles à travers un prisme très japonais.
J'ai poursuivi mon marathon quotidien avec Le dernier pour la route, film italien qui devrait sortir en France en avril 2026. Auréolé d'une présence à Cannes dans la sélection "Un certain regard", le film suit la route chaotique de deux cinquantenaires ivrognes qui errent de bar en bar, finissant par rencontrer un jeune étudiant de bonne famille qui va partager leur route pendant quelques heures. C'est un premier film, alors pardonnons certaines maladresses, mais le scénario est vraiment trop "foutraque" et peu efficace, avec une narration qui s’éparpille et manque de cohérence. Quel message a-t-on voulu faire passer?
Malgré les bonnes performances des acteurs, le film peine à convaincre pleinement en raison d’un manque de profondeur évident, voire même énervant, dans le développement des personnages qui ne sont jamais attachants. Tout est assez sale dans ce film, et c'est certainement voulu : l'image, la bande son, les personnages principaux et leur environnement.
Certains ont l'alcool gai, d'autres en sont peu inspirés.
D'où vient le vent (Amel Guellaty, 2026, Tunisie, France, Qatar)
Prix du meilleur film Arabe, El Gouna film festival 2025 et grand prix & prix d'interprétation pour Eya Bellagha au festival du film méditterranéen de La Valette 2025.
De nombreuses récompenses bien méritées pour la poésie et le lyrisme du récit ainsi que la sincérité du regard posé sur la jeunesse tunisienne, en quête d'espoir et de liberté. Les touches surréalistes sont vraiment les bienvenues et amènent une douceur au propos. La bande originale est aussi à saluer, ainsi que les décors qui offrent une véritable escapade visuelle et sonore.
Les acteurs principaux sont excellents tout comme la réalisatrice qui aborde les aspirations et les désillusions de ses personnages avec justesse. Enfin, le travail visuel est remarquable avec une lumière dorée et des teintes pastel qui composent un tableau sensoriel d’une grande beauté, renforçant l’immersion dans l’univers du film.
Les grincheux diront que le film reprend des clichés sur la jeunesse tunisienne et son désir d’émigration vers l’Europe, ce qui peut donner une impression de déjà-vu ou de conformisme par rapport à d’autres productions du Sud.
L'enfant du diable (The Changeling - Peter Medak, 1980, USA)
Quatrième film de la journée est un film fantastique des années 80 que je n'avais jamais vu. Remasterisé en 4K dernièrement, il ne m'en fallait pas plus pour me convaincre. Et voilà que ce film a plutôt bien vieilli, même si les trucages sont datés, bien sûr. Mais le traitement du sujet devait être bien original pour l'époque (qui connaissait nombre de films d'horreur plus ou moins bien faits) car il s'agit plus d'une enquête sur fond de spiritisme que l'inverse. Plusieurs réalisateurs dont Martin Scorcese ou Alejandro Amenabar s'en sont inspirés pour leurs œuvres (dont Les autres, par exemple).
Le 4 Mars 2026 -
Omaha (Cole Webley, 2026 - USA) est un road-movie (un de plus dans ce festival, y-aurait-il une tendance dans le cinéma de 2026?) dans l'ouest américain d'un père avec ses deux enfants. En quittant leur maison, où vont-ils exactement? Et pourquoi?
Film illustratif du cinéma indépendant américain Omaha a déjà reçu le prix du jury au festival américain de Deauville en 2025. J'ai pu avoir une discussion contradictoire avec une spectatrice sur le film. Alors qu'elle exprime une "admiration vive" pour le jeu naturel des enfants et l'aspect émouvant de l'intrigue, j'ai eu un avis beaucoup plus critique. J'ai déploré un rythme trop lent et une structure narrative maladroite, affirmant que le dénouement aurait dû servir de point de départ au récit. Après 1h20 à voir un père "se gratter la tête" dans le but de nous amener au dénouement, cela m'a paru bien long et surtout, il y aurait eu d'autres choses à voir ou faire pendant ce temps. Nous nous sommes cependant accordés sur le talent de la jeune actrice, la lumière du film et sur l'importance du sujet. Notre divergence de ressentis s'est principalement basée sur le traitement du sujet. C'est un exemple de ce qui fait qu'une œuvre, malgré ses récompenses, ne parvient pas à faire l'unanimité auprès du public.
Des fleurs pour Tokyo (Yuiga Danzuka - 2026 - Japon)
Le film explore la réconciliation père-enfants, les blessures familiales et la transformation urbaine de Tokyo. Il traite aussi de la relation travail-temps libre, ce qui est la deuxième fois pour ce festival (La fille du Kombini, par exemple). L'esthétique est poétique et contemplative, ce qui rend le film très lent, voire ennuyeux. Il demande au spectateur de lui accorder du temps pour révéler sa richesse, si vous la trouvez... Il m'a frustré car j'aurais aimé que le réalisateur me donne plus de clés pour mieux comprendre les symboles et son discours. La salle s'est profondément ennuyée, et je le comprends. D'autres ont quand même accroché, surtout grâce à la beauté formelle des images. Sans doute ce film parlera plus au public japonais.
Romeria (Carla Simon - 2026 - Espagne, Allemagne)
"Roméria" veut dire pèlerinage en espagnol. La découverte de la famille biologique d'une jeune Galicienne est l'occasion pour la réalisatrice de nous plonger dans un univers haut en couleurs où les secrets de famille savent être gardés. Le film oscille entre passé et présent à travers le caméscope de la protagoniste principale, mais aussi via le journal de sa mère. Sans tomber dans le mélodrame, le film traite de sujets délicats (drogue, sida ou autre) à travers des scènes que certains trouveront interminables mais à la sensibilité touchante. Il vous faudra peut-être du temps pour établir qui est qui dans les personnages, mais une fois fait, le récit se dénouera et gagnera en clarté. Il est vraiment bien de voir le cinéma espagnol revenir sur la scène internationale avec des films profonds et visuellement remarquables.
Le 5 Mars 2026 - Animations
3 films sont prévus pour la journée. Je commence avec Mars Express, un film d'animation français de 2023, qui a été nommé pour plusieurs récompenses mais sans en obtenir aucune majeure. Dommage car les décors sont fabuleux, les couleurs chatoyantes et son animation soignée. C'est une vraie réussite visuelle. L'atmosphère futuriste est très bien rendue, grâce à une créativité que l'on doit saluer. Les scènes d'action sont dynamiques et bien chorégraphiées. Bien sûr, on adhère ou pas à ce monde de science-fiction mais l'intrigue mélangeant humains et robots est complexe à souhait.C'est ici que l'on peut se perdre dans le récit, mais en s'accrochant, on y arrive! Une vraie réussite du cinéma d'animation français.
Planètes (Momoko Seto - 2026 - France Belgique)
Quatre akènes de pissenlit cherchent un nouveau territoire pour prospérer. Que d'embûches dans ce film d'animation sans dessins, ni dialogues et très peu de recours à l'ordinateur dans sa réalisation. C'est une splendeur visuelle, déjà récompensée à Annecy et Paris. Un film qui évoque les enjeux des migrations environnementales tout en les représentant dans un Indiana Jones végétal, comme le voulait la réalisatrice. Plus de 10 ans de travail et de nombreux pays visités pour capturer les végétaux, animaux et décors utiles à la narration. Alors ouvrez vos yeux d'enfants et réjouissez-vous de la créativité franco-belge!
La femme de (David Roux - 2026 - France)
Une femme prise dans le piège d'une famille bourgeoise. Le sujet rappelle les films de Claude Chabrol et c'est bien ça le risque car à marcher sur les pas d'un maître, on a souvent l'air d'un petit élève. C'est malheureusement le travers du film qui accumule trop les clichés, les incohérences du personnage principal, le scénario trop caricatural aux "trous" flagrants (les acteurs l'ont-ils bien lu?). Dommage car le casting avait du potentiel, mais sur une base trop instable, tout le monde peut se casser la figure...
Le 6 Mars
Sorda (Eva Libertad - 2026 - Espagne)
Allez absolument suivre cette tranche de vie de couple d'une femme née sourde et qui va bientôt avoir un enfant. La sensibilité du traitement, son approche intime du handicap (histoire vraie de l'actrice, sœur de la réalisatrice) et la délicatesse à montrer les défis de cette femme sont en tout point remarquables. On y parle de transmission, de parentalité mais aussi et surtout d'intégration dans un monde si peu adapté aux malentendants. La réalisation est un petit chef-d’œuvre, notamment grâce à la photographie très soignée et les performances d'acteurs / actrices, tous remarquables de justesse.
Récompensé à la Berlinale 2025 puis au festival de Malaga, je suis persuadé que vous ne resterez pas insensibles à cette immersion dans le monde de la surdité. Il n'est pas impossible que la dernière scène vous arrache une larme... Puissant, bouleversant et nécessaire, ce film vous marquera.
La double vie de Véronique (Krzysztof Kieslowski - 1981 - France Pologne)
Il est difficile de revenir sur un film considéré comme un chef d'œuvre par tant de personnes. Humblement, je peux juste confirmer que sur le plan visuel ce film est tout simplement superbe, ce qui a été étayé par Agnès Godard, directrice de la photo de nombreux films d'Alain Resnais ou Wim Wenders. Les techniques utilisées donnent un sentiment d'abouti visuel rarement atteint au cinéma. Le sujet du film est plus obscur, c'est le moins que l'on puisse dire. On parle de méditation sur le destin, l'identité et la connexion invisible entre les êtres humains. C'est au spectateur de se faire son opinion et surtout de se laisser porter par la beauté visuelle du film, sinon, vous pouvez être touchés par l'ennui. Ça serait dommage!
Father (Tereza Nvotova - 2026 - Slovaquie République Tchèque Pologne)
Une erreur tragique va briser la vie d'un père dévoué. Inspiré d'une histoire vraie, le film nous plonge dans les méandres de la souffrance d'un homme dévasté. La performance de l'acteur principal est vraiment à saluer même si je n'ai pas été touché comme je l'espérais par la situation de son personnage. Il m'a manqué un petit je ne sais quoi pour m'emporter totalement. Mais en évitant tout manichéisme, le film a su garder une honnêteté dans le traitement du deuil et de la culpabilité.
Le 7 Mars
Nous arrivons déjà au jour de la remise des prix. Il y a eu quand même beaucoup de films projetés et d'une variété impressionante : Comédie, horreur, drame, animation etc. venant de tous les continents. Chapeau!
Eve (Joseph Mankiewicz - 1950 - USA)
Quel chance de pouvoir voir ce chef d'œuvre intemporel dans les conditions d'une salle de cinéma. Ce film est d'une beauté absolue. Grinçant, caustique, acide, plein d'esprit, brillant et féministe : voilà quelques mots qui viennent à l'esprit au visionnage. C'est une analyse des relations humaines du monde du spectacle où les actrices font merveille : Bette Davis, Anne Baxter mais aussi Marilyn Monroe (qui fait une apparition très remarquée) font des merveilles. Et que dire des dialogues qui font mouche et soulèvent la salle de rire. Un film qui reste d'actualité en abordant les thèmes de l'ambition et de la trahison, de la célébrité et de la peur de l'âge dans le milieu du théâtre mais qui, en fait, n'est que le miroir de nos sociétés. Brillantissime!
Masterclass sur les coulisses techniques de Kaamelott avec Alexandre Astier (réalisateur) et Jean-Marie Dreujou (chef op'). A. Astier est le créateur et l'interprète principal de la série et du film Kaamelott. Deux heures avec lui et son chef op' ont permis d'aborder beaucoup d'aspects (parfois très techniques) des métiers de réalisateur et de chef opérateur. Durant cet événement, ils y détaillent leur collaboration technique et artistique, soulignant l'importance de l'expérimentation constante. Ils expliquent le choix crucial de la caméra Alexa 65 et de l'optique anamorphique pour créer une image volontairement patinée et plus adaptée à la volonté cinématographique du réalisateur. Astier insiste aussi sur l'importance du son et de l'environnement sonore comme soutiens indispensables à la narration visuelle. Le public a aussi demandé l'impact de l'intelligence artificielle, que les intervenants perçoivent comme un outil possible pour les tâches répétitives, mais incapable de remplacer l'imprévisibilité de "l'artisanat humain". Enfin, la conclusion porte sur la vision d'Astier pour qui le cinéma doit rester une "aventure vivante et collective", loin de tout formatage industriel.

Explication du choix des caméras
La cérémonie de remise des prix
Le jury "longs-métrages" se composait d'Agnès Godard, directrice de la photo pour de nombreuses grandes réalisatrices (Claire Denis, Tonie Marshall), N. T. Binh (nom de plume Yann Tobin) qui est critique et codirecteur de la revue Positif, Alexe Poukine (réalisatrice, actrice et scénariste), Fiona Braillon (directrice de la photo) et David Quesemand (directeur de la photo).

Annonce prix du Jury

Fin de cérémonie
Silent Friend (Ildiko Enyedi - 2026 - Allemagne France Hongrie)
Film contemplatif exposant deux rythmes de vie, celui de l'homme et du monde végétal. L'exploration humaine d'une potentielle relation entre nos vies donne lieu à une expérience sensorielle remarquable : la beauté visuelle, l'atmosphère envoûtante et la capacité à immerger le spectateur sur le temps et la science ont laissé la salle sous le charme. Inspiré par les travaux de Goethe sur la botanique, le film donne à voir une approche quasi-mystique de la communication entre le végétal et les humains. Tony Leung Chiu-Wai (In the mood for love) est fabuleux de charisme tandis que Luna Wedler a remporté le prix de la meilleure jeune actrice à la Mostra de Venise. Laissez-vous emporter par le charme du film plutôt que par son rythme lent et délectez-vous de ces images magnifiques qui justifient à elles seules la présence du film au festival chef op'.
Dimanche 8 Mars - fin du festival
Le garçon qui faisait danser les collines (Georgi M. Unkovski - 2026 - Serbie, République Tchèque Croatie)
Après le décès de sa mère, un adolescent doit quitter l'école pour aider son père et son frère. Mais il ne pense qu'à la musique moderne et à Aya, une jeune voisine promise en mariage. Situé dans les magnifiques paysages de macédoine, le film se déroule sans grande surprise jusqu'à sa fin, attendue. On est à la limite de la caricature et je ne suis pas sûr que les macédoniens soient ravis de la représentation faite de leur pays. Mais c'est certainement en partie vrai, alors acceptons ce premier film comme une bonne volonté et saluons l'énergie, l'humour et le progressisme du propos.
Un jour avec mon père (Akinola Davies Jr - 2026 - Nigéria)
Nous sommes au Nigéria en 1993. Le peuple attend une transition démocratique mais l'armée au pouvoir en décide autrement. Nous suivons un père qui amène ses deux fils à Lagos pendant une journée, pour récupérer un salaire impayé. Ils verront la dureté de la ville, de la société, la fragilité de la vie et en apprendront un peu plus sur leur père. Inspiré de faits réels, le réalisateur a mélangé souvenirs, rêves et récits familiaux pour apporter une réflexion sur l'histoire nigériane.
Le film est le premier film nigérian sélectionné en compétition officielle à Cannes où il a reçu la caméra d'or (section Un certain regard). La caméra portée au plus près des acteurs nous immerge dans le tumulte de Lagos en contraste avec les dialogues souvent apaisés entre le père et ses fils. Un docu-fiction mélancolique qui reste à la hauteur des enfants et qui vous fera découvrir le cinéma et la vie nigériane.
The new west (Kate Beecroft - 2026 - USA)
Le festival se termine avec une autre production indépendante américaine. Que va faire cette américaine, endettée jusqu'au cou mais si heureuse d'avoir des adolescents chez elle qui (ré)apprennent à vivre grâce à son ranch perdu dans les Badlands (Dakota du sud), quand elle reçoit une offre de rachat?
Avec un prix du public à Sundance 2025, cet autre docu-fiction (cette famille existe vraiment) vous apprendra comment se gère un ranch et surtout vous montrera les beaux paysages du Dakota. Je ne me suis pas laissé emporter par certains aspects sentimentalistes mais j'ai été séduit par la beauté des images. La peinture faite des Etats-Unis peut faire peur, mais la morale américaine est toujours bien présente.

Goodbye Chalon