Directeur de la photographie / Chef Operateur

Director of Photography (DOP) / Cinematographer
Responsable de la prise de vue, de l'éclairage, et de l'esthétique visuelle du film

Le terme “directeur de la photographie” (DOP en Anglais) est plus couramment utilisé dans le cinéma anglophone et s'est internationalisé. Le chef opérateur est un terme plus traditionnel dans le cinéma francophone. Cette fiche couvre les deux professions avec le terme de DOP.

 

Les rôles de chef opérateur et de directeur de la photographie se chevauchent souvent, et les termes sont parfois utilisés de manière interchangeable. Le chef opérateur se concentre généralement davantage sur les aspects techniques de la prise de vues. Le chef opérateur touche plus à la caméra et peut potentiellement être chargé de superviser la gestion du matériel image sur le tournage, tandis que le directeur de la photographie délègue cette tâche au cadreur. Le chef opérateur exécute les décisions prises par le directeur de la photographie en matière d'éclairage, de cadrage et de mouvements de caméra. Il dirige l'équipe technique sur le plateau de tournage. 

 

Le Directeur de la photographie est responsable de la création de l'esthétique visuelle globale du film, en collaboration étroite avec le réalisateur, pour traduire sa vision artistique en images. Cela inclut la gestion de l'éclairage, de la composition des cadres, du choix des caméras et des objectifs, ainsi que de la direction de l'équipe de tournage pour s'assurer que chaque scène est capturée de manière à soutenir l'histoire et l'émotion du film.

 

Les deux professionnels jouent un rôle crucial dans la définition de l'ambiance et du ton du film. Par exemple, un éclairage sombre et contrasté peut créer une atmosphère de tension ou de mystère, tandis qu'un éclairage doux et chaud peut évoquer des sentiments de confort et de sécurité.

 

Le chef opérateur doit souvent faire face à des défis techniques et logistiques, tels que tourner dans des conditions difficiles ou avec des contraintes de temps, tout en maintenant une haute qualité visuelle.

 

En collaboration avec le réalisateur, le DOP doit comprendre et traduire sa vision artistique en images.

 

Il s’assure de la planification visuelle en déterminant les angles de caméra, les mouvements de caméra et la composition des cadres.

 

Le DOP conçoit et met en place des plans d'éclairage pour chaque scène et supervise l'équipe d'éclairage pour s'assurer que l'éclairage est cohérent avec l'ambiance souhaitée (gestion de l'éclairage). Pour ce faire, il sélectionne les caméras, les objectifs et autres équipements de tournage et teste les équipements.

 

Pendant le tournage, il contrôle la qualité en visionnant les rushs quotidiens pour s'assurer de la qualité des images capturées.

 

Enfin, en postproduction, il lui faut collaborer avec les étalonneurs pour superviser l'étalonnage des couleurs (qui vise à améliorer les couleurs à des fins esthétiques ou narratives).

 

Le DOP ne participe pas à l'écriture du scénario ou à la création de l'histoire. Ces tâches sont généralement confiées aux scénaristes et au réalisateur.

 

Le montage final du film est réalisé par le monteur, bien que le DOP puisse collaborer avec lui pour s'assurer que les choix visuels sont respectés.

 

La création et la mise en place des décors sont la responsabilité du chef décorateur. Le DOP collabore avec lui pour s'assurer que les décors sont éclairés de manière appropriée.

 

Bien que le DOP puisse collaborer avec l'équipe des effets spéciaux (VFX) pour s'assurer que les VFX s'intègrent bien aux images tournées, la création des VFX est généralement confiée à des spécialistes en effets visuels.

 

 La Fémis (École Nationale Supérieure des Métiers de l'Image et du Son) est l'une des écoles les plus prestigieuses en France pour les métiers du cinéma. Il intègre un cursus pour devenir DOP en 4 ans.

 

L'École Nationale Supérieure Louis-Lumière ou ESRA (École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle) proposent une formation spécialisée en cinéma, photographie et son.

 

Il existe aussi des Masters en Arts Visuels ou en Photographie qui peuvent offrir une base solide en esthétique visuelle et en techniques photographiques.

 

Les BTS Audiovisuel, Option Métiers de l'Image, couvrent les aspects techniques de la photographie et de la vidéo.

 

Les expériences professionnelles valorisantes pour le métier de DOP sont : cadreur, Assistant Caméra, Éclairagiste, photographe ou une expérience en post-production.

 

Comme bon nombre de professionnels du cinéma, les horaires et les lieux de travail vont être très variés. Le travail pouvant être physiquement exigeant, impliquant de longues périodes debout, le transport de matériel lourd et le travail dans des conditions climatiques variées, une bonne condition physique sera sans doute nécessaire.

A Hollywood, les DOP sont souvent associés à des productions à gros budget avec des styles visuels spectaculaires et des technologies de pointe. L'accent est mis sur l'innovation technique et la qualité visuelle. Ils suivent des programmes de formation spécialisés dans des écoles de cinéma renommées comme l'American Film Institute (AFI) ou l'Université de Californie du Sud (USC). Le DOP travaille en étroite collaboration avec le réalisateur, mais peut aussi avoir une certaine autonomie dans les décisions techniques. Ils sont souvent perçus comme des techniciens hautement qualifiés et des artistes visionnaires, jouant un rôle crucial dans le succès visuel d'un film.

 

En Europe, les DOP peuvent adopter des approches plus artistiques et expérimentales (esthétique unique et attention aux détails visuels subtils). Avec des budgets parfois plus réduits, ils peuvent être plus créatifs, ce qui peut conduire à des solutions innovantes et économiques. Enfin, la collaboration peut être plus fluide et moins hiérarchique, avec une plus grande emphase sur la créativité collective et l'expérimentation.

 

En Asie, les DOP peuvent travailler avec des styles visuels très colorés et dynamiques, reflétant les traditions culturelles et les préférences du public local (Indes, Chine). Les budgets pouvant être plus restreints qu'en Europe ou aux Etats-Unis, il faudra parfois maximiser les ressources disponibles et trouver des solutions créatives pour obtenir des résultats visuels de haute qualité. Enfin, la collaboration peut être influencée par des dynamiques culturelles spécifiques, avec une plus grande déférence envers les figures d'autorité comme le réalisateur.

 

Compétences Techniques : connaissance approfondie des différents types de caméras (cinéma numérique, 35mm, etc.) et de leurs capacités et expertise en techniques d'éclairage pour créer des ambiances spécifiques (connaissance des différents types de sources lumineuses...)

 

Il faudra aussi maîtriser les règles de composition et de cadrage pour créer des images équilibrées et esthétiques tout en utilisant des angles de caméra et des mouvements de caméra pour renforcer la narration.

 

Enfin, le DOP devra s’assurer de la cohérence artistique pour maintenir une cohérence visuelle tout au long du film pour soutenir la narration et l'émotion.

 

La créativité est indispensable pour proposer des idées pour améliorer l'esthétique visuelle du film.

 

Du leadership et une bonne  communication pour diriger l'équipe de tournage avec clarté et précision tout en communiquant efficacement avec le réalisateur, les acteurs etc.

 

Un bonne capacité à résoudre des problèmes car il faudra trouver des solutions rapides et efficaces aux problèmes techniques ou logistiques qui peuvent survenir pendant le tournage.

 

Pour ce qui est de “l’art de la lumière”, une règle d'or du métier est que chaque source de lumière artificielle sur le plateau doit sembler provenir d'une source réelle dans le décor (une fenêtre, une lampe de chevet, la lune). Cela rend l'image crédible. Et dans ce contexte, enlever de la lumière est souvent préférable à en ajouter, comme on aurait facilement tendance à le faire. Terrence Malick utilise souvent l’heure magique (golden hour) car tourner juste avant le coucher du soleil pour bénéficier d'une lumière rasante, chaude et sans ombres dures, est l'astuce préférée pour les films contemplatifs.

Enfin, Le DOP utilise la loi physique du carré inverse pour contrôler l'intensité. Si on double la distance (d) entre la lampe et l'acteur, l'intensité (I) est divisée par quatre :

E = I / ​d2 . Cela permet de créer des dégradés de lumière très précis.

 

Le choix de l'objectif et la position de la caméra modifiant radicalement la perception de l'espace et du personnage, le DOP choisit la focale (un grand angle (24mm ou moins) pour exagérer les distances et donner un sentiment de grandeur / de vertige ou une longue focale (85mm ou plus) pour écraser les perspectives et isoler l'acteur du décor avec un beau flou d'arrière-plan) et des filtres (comme les filtres Pro-Mist) devant l'objectif pour diffuser les hautes lumières et donner un aspect plus "organique" ou "rétro" à l'image numérique, souvent jugée trop chirurgicale.

 

Sur le plateau du tournage, le DOP dirige deux équipes cruciales : les électriciens et les machinistes. Il ne leur donne pas d'ordres techniques compliqués en plein tournage. Il utilise des références visuelles (peintures, photos, extraits de films) lors de la préparation pour que son équipe comprenne l'intention artistique globale.

Si le soleil joue à cache-cache avec les nuages, l'astuce est de "pré-éclairer" la scène avec des projecteurs puissants pour simuler un soleil constant, même par temps gris.

 

 

Toutes ces techniques permettent au DOP de transformer un simple décor en un monde cinématographique unique. La direction de la lumière et la profondeur de champ peut révéler beaucoup sur les intentions cachées du réalisateur.

 

Roger Deakins

Roger Deakins (UK) est connu pour son travail sur des films tels que "Blade Runner 2049", "Skyfall", "No Country for Old Men" etc. Ses compositions visuelles et son utilisation innovante de la lumière ont souvent été saluées par la critique. Il a remporté deux Oscars (Blade Runner, 1917)

 

 

« Il n'y a rien de pire qu'une image ostentatoire. Mon travail consiste à faire en sorte que le public ne remarque pas la cinématographie. La technologie n'est qu'un outil ; ce qui compte, c'est l'endroit où vous placez la caméra et pourquoi vous la placez là. »

Emmanuel Lubezki

Emmanuel Lubezki (Mexique), souvent appelé "Chivo", est célèbre pour ses collaborations avec des réalisateurs de renom comme Alfonso Cuarón et Terrence Malick. Il a remporté trois Oscars consécutifs pour "Gravity", "Birdman" et "The Revenant". Son style visuel distinctif et son utilisation de longs plans-séquences ont marqué l'histoire du cinéma.

 

 

« Je ne veux pas que mon travail soit remarqué. Je veux que le public ait l'impression d'être là, d'être témoin de la vie de ces personnages sans l'interférence d'une esthétique artificielle. La lumière naturelle possède une complexité et une honnêteté qu'aucune lampe de studio ne pourra jamais reproduire. »

Conrad L. Hall

Conrad L. Hall (USA) a remporté trois Oscars pour "Butch Cassidy and the Sundance Kid", "American Beauty" et "Road to Perdition". Son travail est reconnu pour sa capacité à capturer des émotions profondes à travers des images visuellement puissantes.

 

 

« Je ne cherche pas à éclairer ce que les gens voient, mais ce qu'ils ressentent. La cinématographie, c'est l'art de capturer l'impalpable. Parfois, un accident de lumière raconte plus de vérité qu'un plan parfaitement orchestré. »

John Alcott

John Alcott (UK) a collaboré avec Kubrick sur plusieurs films notables, notamment "2001: A Space Odyssey" (1968), "A Clockwork Orange" (1971), "Barry Lyndon" (1975 - oscarisé), et "The Shining" (1980). Leur collaboration a été marquée par l'innovation visuelle et l'utilisation créative de la lumière naturelle, contribuant de manière significative à l'esthétique distinctive des films de Stanley Kubrick.

 

« J'essaie toujours de créer une lumière qui semble naturelle. Si vous entrez dans une pièce et qu'il y a une fenêtre, la lumière doit venir de cette fenêtre. Je n'aime pas que la lumière semble venir de nulle part. »

 

Bruno Delbonnel

Bruno Delbonnel (France) a travaillé sur des films tels que « Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain », « Harry Potter et le Prince de sang-mêlé » et « Inside Llewyn Davis ». Son style est souvent caractérisé par une esthétique visuelle riche et une attention particulière aux détails.

 

« La lumière n'est pas là pour faire joli. Elle est là pour raconter quelque chose. Si une image est belle mais qu'elle ne raconte rien, c'est une image de catalogue. Pour moi, une image doit être au service du récit, elle doit porter l'émotion de la scène. »