De “Drôle de Drame” à “Hostiles” en passant par “American Graffiti”, “Norma Rae”, “L'affût” ou “Les Proscrits”… , mon premier Festival Lumière se voulait voyage. 
Voyage dans le temps en balayant les périodes de l'Histoire, toutes plus riches en scénarii possibles, et de celle du cinéma (qui vient de fêter ses 130 ans!)

Voyage dans l'espace terrestre, de l'Italie à l'Alabama , en passant par Paris, Londres et les montagnes d'Islande (“Les Proscrits”), je le voulais varié et riche en émotions diverses. 

Voyage dans les genres, de la comédie romantique au western d’aujourd’hui , en passant par le drame social, le portrait d'une génération et le policier “burlesque”, la satire et le film musical…

La musique était de la partie, jazz à Paris, par des américains en séjour, Rock en Californie pour des ados en devenir, et piano classique pour une histoire sans paroles, mais non sans relief… Le ciné-concert, quelle expérience intense, immersive et intime!

 

Un voyage ponctué de rencontres avec ses magicien-ne-s (Michaël Mann, Dominique Blanc, Sean Penn, Scott Cooper, Georges Mourier, Natalie Portman…) et ses illuminés…Tant de spectateurs enthousiamés! Comme il est bon d’échanger… 

 

J'aurais pu poursuivre mon périple, découvrir d'autres terres, d'autres genres, d'autres artistes… 

Continuer la fête, et visiter, me promener dans les rêves de David Lynch et dans l'Asie de Shu Qi … 

 

Le cinéma n'a pas fini de m'en raconter des histoires, et moi de me laisser embarquer ! 

Céline

L'édition 2025 (la 17ème déjà) du festival de films Lumière de Lyon s'est tenue du 11 ou 19 Octobre 2025. Le Silencio y était grâce à Céline et Eric qui ont vu moultes films. Voici des retours sur ce qu'ils ont vu...

 

Paris Blues (Martin Ritt, 1961) : Sidney Poitier en saxophoniste américain qui croit trouver à Paris un  refuge contre le racisme, et Paul Newman en tromboniste de talent qui cherche l’isolement pour devenir compositeur, la liberté oisive et apparente des boîtes de jazz parisiennes, la misère camouflée des puces de Montreuil et des destins funestes, le noir et blanc si caractéristique de l’époque, le sourire éclatant et la trompette de Louis Armstrong…

Voyage et Blues à Paris comme si l'on venait de l'autre côté de l'océan !

 

Norma Rae (Martin Ritt, 1979) : Martin Ritt, encore. Un cinéma engagé que je soutiens.  Sally Field, une actrice splendide de vie et de vérité. Le combat d’ouvriers pour acquérir le droit de bénéficier d’un syndicat pour les protéger: le sujet est tendu, mais Ritt se veut positif. Il choisit la couleur et le format scope pour l’énergie qu’ils assurent.

Premier rôle au cinéma pour Sally Field, dont le personnage semblait écrit pour elle: une femme libre, qui revendique ses droits, et se bat pour ceux des siens. L’industrie du textile est la dernière à s’être syndiquée. La comédienne a travaillé plusieurs mois dans une de ses filatures de coton pour en connaître les conditions. Elle a vécu dans une famille d’ouvriers pour en ressentir les difficultés. Elle dit y avoir connu la charge mentale la plus importante de sa propre vie. Des conditions de travail indignes qui sévissent encore de par le monde. On le sait. Le cinéma est un vecteur puissant pour faire avancer l’Histoire. Merci Martin Ritt!

 

Les Proscrits (Victor Sjöström, 1918) : Un auteur que je n’oublie pas. Curiosité du cinéma suédois, emprunt d’une culture de contes et mythologies nordiques. Lyrisme et expressionnisme du cinéma muet. Splendeur des paysages étendus et des falaises fatales. Ellipses visuelles et scénaristiques qui rythment la narration entre douceur et violence, bonheur et drame. Envolées  nourries d’images d’une force incontestable du piano témoin loquace d’une histoire sans paroles.  Un romantisme poussé à l’extrême, presque inconcevable. Peut-on vraiment aimer jusque-là ?

 

American Graffiti (George Lucas - 1973) : Portrait de l’Amérique de Kennedy, le temps d’un été d'adolescents, plus ou moins prêts à entrer dans l’âge adulte. 

Insouciance fragile, prise de conscience furtive, rêves bousculés par la réalité, ”American Graffiti” est un hymne à la jeunesse dont chaque dérapage (ou presque) atterrit en douceur sur les routes de l’avenir. Plaisir de reconnaître Ron Howard dans un univers semblable à celui de la série “Happy Days”, qui a bercé mon enfance; Richard Dreyfuss qui sera repéré par Spielberg pour “Les Dents de la Mer” et “Rencontres de troisième type”; Harrison Ford, qu’on a à peine le temps d’identifier grâce à son sourire de légende. Au-delà de ces figures qui deviendront vite incontournables, George Lucas a su donner à ce premier film (reconnu) la force d’un document, par notamment les séquences de bal dont les lycéens ont la fraîcheur de danseurs maladroits, joyeux et naturels, et celle de l'aventure d’une fiction portée par les musiques entraînantes de cette époque. « L’art suprême de George Lucas réside dans la construction du scénario, la manière d’imbriquer les histoires individuelles les unes dans les autres, sans nous laisser un moment de répit, en ayant soin de gommer la ponctuation, la musique populaire de l’époque balayant toute tentative de réflexion. » (Louis Marcorelles, Le Monde, 27 mars 1974).

 

Drôle de drame (Marcel Carné - 1937) : C’est le deuxième film de Marcel Carné.  A 31 ans, il avait déjà son équipe, un casting en or,  et tournait vite et joyeux! Une seule prise à chaque plan, une boîte à rire sur le plateau pour pénaliser celui qui déclenchait un fou rire! Vingt-trois jours ont suffi avant le clap de fin! La photo de Eugen Schüfftan et Henri Alekan, qui dessine au scalpel la silhouette noire et malsaine d’un Louis Jouvet suspicieux, les décors d’Alexandre Trauner qui nous égare dans les fleurs de Irwin Molyneux et ses escaliers vertigineux, la musique de Maurice Jaubert qui accompagne nos tensions, nos surprises et nous fait danser la gigue, ne nous laisse pas un moment de répit . Michel Simon, perdu entre ses écrits (écrire pour son plaisir, ou écrire pour s’enrichir?) joue à la limite du burlesque: le voir dévaler les escaliers est à hurler de rire! 

Les seconds rôles ne sont pas en reste : le laitier amoureux envahit la maison de ses bouteilles, et sa dulcinée boit ses paroles comme du petit lait pour en souffler des histoires extraordinaires à son maître écrivain lui promettant un succès maudit par le pasteur… Seul bémol, Jouvet et Simon ne s'entendaient pas…

“-Votre rôle est admirable!

-Je sais, j’ai refusé le vôtre.”auraient-ils échangé! 

Un dialogue digne de Prévert! Ces dialogues si savoureux enrichis des improvisations de ces grands acteurs, m’ont régalée! 

“ Bizarre, vous avez dit bizarre? Comme c’est bizarre!” - Inoubliable réplique!

Pourtant elle n’était pas écrite ainsi à l’origine. Louis Jouvet avait un peu trop nocé la veille, mais Marcel Carné avait confiance en son acteur. Le comédien sut garder sa position, mais fit tourner en rond ces mots devenus célèbres, encouragé par un Michel Simon trop heureux de s’amuser de la situation. Marcel Carné a beaucoup ri sur le tournage, comme toute son équipe, et n’a pas compris que son film n’ait pas rencontré son public. Celui-ci n’était sans doute pas prêt à ce métissage d’humour! Mais dans la salle, le rire était au rendez-vous!

 

Hostiles (Scott Cooper - 2017) : Comme “Bruce Springsteen” de Scott Cooper n’était pas un biopic, car ne retraçait que 2 ans de la vie du musicien autour de la création de son album Nebraska, “Hostiles” n’est pas un western, pas une suite de batailles cow-boys/indiens avec la cavalerie qui arrive toujours à temps pour sauver les fermiers de ces “sauvages inhumains”. “Hostiles” est un film sur la réconciliation et le pardon à l’un des moments les plus tragiques de l’histoire des USA. Le cinéaste tisse ainsi un lien entre la fin du XXe siècle et la situation actuelle : « Notre pays est de plus en plus divisé alors que nous traversons une période dangereuse où le racisme continue de faire des ravages. J’ai voulu aussi évoquer un chapitre honteux, impardonnable de notre passé. Le génocide de tous ces peuples amérindiens reste un traumatisme historique dont les effets perdurent encore aujourd’hui. » (Transfuge, mars 2018)

 

Tu es mon fils (Luigi Comencini - 1957) : Le festival, c’est aussi ça! La restauration de chefs d'œuvres pour leur donner un coup d’éclat! Luigi Comencini a bercé mes jeunes années avec son adaptation des Aventures de Pinocchio. Andrea Balestri dans le rôle titre avait la fragilité et l’insolence innocente parfaite. Dans cette quête de relation père-fils, le rôle du garçon, Mario, est interprété par Giancarlo Damiani qui ne manque pas de personnalité. Le père de Mario se bat pour l’avenir, pour que sa famille ait un toit et un confort qu’il estime essentiel. Mario vit dans le présent. Ce qu’il voit c’est qu’il veut un père, près de lui. Son présent, c’est sa vie. Qu’il soit heureux dans l’instant.  Comencini savait filmer l’enfance, savait choisir les enfants qui la raconteraient le mieux. Il était le peintre de l’Italie des souffrances et des batailles. Magnifique!

 

Quand Harry rencontre Sally (Rob Reiner - 1989) : J’avais ri pour “Princess Bride”, pleuré pour “Stand by me”, tremblé pour “Misery”. Rob Reiner était un grand réalisateur, je le savais. Pourtant je fuyais cette romance capricieuse comme s’il était honteux de s’y laisser prendre. Comme tous les films de ma sélection, il représentait pourtant un de ceux qu’on n’a jamais vus et qu’on regrettera d’avoir encore manqués… Et j'ai pris mon ticket! Moment savoureux. Personnages attachants d’être si agaçants, relations repoussées, questionnées, acceptées, allégées, explosées, refusées, réconciliées pour enfin comprendre que c’est parfois ça, aimer. Je me suis sentie bien. « La jubilation que procure le film de Rob Reiner tient à la simplicité et à la rigueur dont il fait preuve, à cette manière obstinée d’épuiser un sujet et une situation. When Harry Met Sally raconte idéalement, c’est-à-dire avec charme et rythme (pas une faille sur ce plan), l’histoire éternelle du cinéma américain qu’on peut résumer en une seule phrase : boy meets girl. » (Thierry Jousse, Cahiers du cinéma n°425, novembre 1989).

 

Je suis le seigneur du château (Regis Warnier - 1989) : Thomas, Le Seigneur du Château, veille sur son domaine, et surtout sur son père, tel un vautour sur son nid. Au grand malheur de Charles, victime innocente de la cruauté perfide et sournoise, machiavélique de son hôte échaudé. Les cordes de Prokofiev donnent au film une atmosphère de conte inquiétant, les mouvements de caméra, dans ce palais maléfique une ambiance pesante et fantastique. Une mise en scène envoûtante… Pas de magie du cinéma, mieux que ça! De la sorcellerie, qui fait d’un paysage idyllique de famille idéale un enfer dirigé par un démon au visage d’ange.

 Pour Dominique Blanc, c’est « le plus beau film qu’ait fait [Régis Wargnier] à ce jour, le plus insolite, le plus original, et qui n’a pas vieilli. » (Positif n°576, février 2009).

 

L'affût (Yannick Bellon - 1992) : Présenté par Dominique Blanc, les enfants de L’affût ont une relation beaucoup plus sereine, et même la complicité d’une amitié fraternelle. Le sujet du film de Yannick Bellon n’est pas la compétition sentimentale, la détresse enfantine cruellement confrontée à l’aube de l’âge adulte. Son histoire est finalement sans importance. Elle n’est qu’un décor pour défendre les positions de la réalisatrice. Dominique Blanc salue son engagement. La chasse contre l’ornithologie. la “régulation de la faune” contre la création d’une réserve naturelle. Le débat est faussé. Les chasseurs ont beau avoir des arguments, tous les “prédateurs” sont pointés du doigt sans concession.  “On ne chasse pas pour tuer, mais pour le plaisir d’être dans la nature”, dira le personnage campé par Patrick Bouchitey. Absurdité, contre-sens. D’autant qu’ils tuent, pour le plaisir. La protection de la nature avec la création de réserves naturelles semble utopique. L’espoir est pourtant là, entre les mains des enfants. Yannick Bellon savait les filmer, les guider dans leur jeu, révéler leur souveraineté. Elle fait d’eux les témoins des dérèglements de l’équilibre naturel dont les hommes se rendent coupables, et leur ouvre la voie pour façonner un avenir plus respectueux de la biodiversité.

Yannick Bellon nous délivre ici un message d’une actualité troublante. 

Je tiens à remercier Dominique Blanc qui a rappelé le talent de Pierre-William Glenn, directeur de la photographie, pour cet hommage aux paysages naturels de la Dombes, cet étendard contre la chasse si réprouvée par la réalisatrice. Une image douce pour de grands espaces soumis à l’intrusion invasive et destructrice des “prédateurs de luxe”. Des portraits magnifiant la vérité des personnages. Tchéky Karyo observe les oiseaux sur un ciel ouvert, ou soigne un pygargue et le caresse en toute familiarité… des plans d’une lumière qui donnent sens au rêve de l’ornithologue.
Dominique Blanc se souvient aussi des enfants, de la petite Charlotte qui joue la camarade épouvantée par le sort funeste des victimes du taxidermiste. Yannick Bellon savait la mettre en confiance et lui permettre de jouer avec naturel alors qu’elle était si timide. Mais Pierre-William Glenn savait photographier tous les comédiens, il savait les regarder, et trouver comment les révéler.

 

Le Solitaire (Michael Mann - 1981) : Michael Mann, Prix Lumière 2025, a vu sa filmographie mise à l’honneur. J’ai choisi “Le Solitaire” de Michael Mann. C’est son premier film pour le cinéma, et déjà se dessine tout son langage. Pour son sujet. Un homme libéré après 11 ans de prison, cherche à atteindre son idéal de vie heureuse. Comme on le cherche quand on a passé 11 ans entouré de malfrats.

 La prison  reste une solution qui pose question pour répondre au besoin de justice et de légalité. Film de casse, fracture sociale, policier, romance…un film peut-il entrer dans une seule case? Je l’ai choisi pour son image, ses nuits urbaines.

Pour James Caan. Pour Mickaël Mann.  

« “Le Solitaire” réinvente tout : les codes du film de casse, l’esthétique du genre – étincelles, néons, couleurs chaudes et vives –, l’emploi de la musique avec les orgues électroniques de Tangerine Dream et le regard que l’on pose sur l’univers criminel. Autrefois réaliste, il est ici sensitif, impressionniste, viral, émotionnel. » (Samuel Blumenfeld, Le Monde, 14 mars 2015

 

Into the wild (Sean Penn - 2008) : Sean Penn était présent dans la salle. Quelle émotion de revoir ce film légendaire pour moi! Comme le disait Gad Elmaleh, lui aussi présent : "Quelle chance pour tout ceux qui n'ont pas encore vu le film de vivre l'expérience incroyable qu'il réserve". La magie a encore fonctionnée...

 

Inception (Christopher Nolan - 2010) : Le rêve dans le rêve dans le rêve. Ca vous dit de vous perdre avec Christopher Nolan? La virtuosité de la réalisation est restée intacte. Les trucages et la prestation des acteurs un peu moins... tout finit par vieillir. Même la qualité extrême de la science fiction.

 

L'espion qui venait du froid (Martin Ritt - 1966) : Film d'espionnage (1965) de Martin Ritt. Compliqué à souhait (les traîtres qui trahissent d'autres traîtres). Je me suis perdu un peu par le manque d'action et l'absence de musique pour soutenir certaines scènes. Un joli noir & blanc qui soutient le premier roman de John Le Carre mis en scène au cinéma.

 

Millenium Mambo (Hou Hsiao-Hsien - 2001) : On m'avait prévenu: le film de Hou Hsiao Hsien (HHH pour les intimes) est une expérience presque physique, tellement les personnages sont vides, et donc aussi son scénario. Shu Qi (actrice principale et présente lors de la projection du film) le dit elle-même : un film d'auteur est un film sans scénario. Elle n'a rien lu avant de commencer le tournage... normal il n'a avait rien à lire. Par contre, ce film est une vraie leçon de réalisation et une preuve de plus, si c'était nécessaire, qu'un bon chef opérateur peut faire des miracles sur un film. 

 

Girl (Shu Qi - 2025) : Premier film de Shu Qi en tant que réalisatrice, c'est un film très intimiste voire même autobiographique. Présenté par Shu Qi elle-même, la violence des faits perpétrées sur cette petite fille n'est jamais montrée brutalement, mais elle en est tout de même dure à supporter. Avec une référence assumée à Hou Hsiao Hsien, Shu Qi livre un film très lent (ça peut en dérouter plus d'un, d'ailleurs certains spectateurs sont sortis de la salle) qui prend toute sa puissance lors de la seconde partie.

 

Documentaire restauration Napoléon (Georges Mourier - 2025) : présenté par Georges Mourier, ce documentaire plein d'humour présente la complexité de la restauration du film d'Abel Gance : Napoléon. Toutes les restaurations passées ont eu tout faux : mélanges de bobines et acteurs à des âges différents, on voit comment la multiplication des versions et des bobines du film original ont rendu la tâche tellement complexe à Georges Mourier et ses équipes : 14 années d'une vie consacrée à cette restauration, c'est de l'engagement, non?

 

The Assassin (Hou Hsiao-Hsien - 2016) : Chef d'oeuvre de Hou Hsiao Hsien, ce film est une splendeur absolue. Passez outre la lenteur de la narration et consacrez vous sur chaque plan de ce film (faussement classé) de sabre. Une fois la projection terminée, j'ai eu l'impression d'avoir été touché par la grâce d'un réalisateur génial. La salle était subjuguée... moi aussi.

 

Traitre sur commande (Martin Ritt - 1977) : Martin Ritt était un réalisateur engagé à gauche (il a même fait partie de la "liste noire" américaine pour communisme présumé). Dans ce film avec Sean Connery, il décrit les conditions de vie des mineurs de charbon américains à la fin du 19ème siècle et de la rebellion organisée par les "Molly Maguires" qui se rebellent par attentats. Tout cela est factuel historiquement et très bien filmé car tous les points de vue sont clairement expliqués. Libre au spectateur de prendre position... Le film a fait un flop retentissant à sa sortie car il est sorti au moment où les noirs américains se rebellaient aussi (Malcom X). Trop de rebellions pour les spectateurs! Dommage car le film est excellent et promet de jolies reflexions.

 

La marque du tueur (Seijun Suzuki - 1966) : Je l'avoue bien volontiers, je ne connaissais pas Seijun Suzuki (Japon). Ce film serait son ACME mais aussi l'oeuvre de sa décadence. Le studio Nikkatsu a fini par le licencier sous prétexte que ses films étaient incompréhensibles. Je pense que je l'aurais licencié aussi tellement j'ai vécu un moment de solitude devant cette "oeuvre" destructurée. Mais quand on pense que des réalisateurs tels que Tarantino et Jarmusch se sont tous exclamés sur son génie... je manque cruellement de culture cinématographique (et je m'en excuse). Toujours est-il que la salle était pleine (de curiosité), mais aussi de point d'interrogation au visionnage du film...

 

Le bon la brute et le cinglé (Kim Jee-Woon - 2008) : Enthousiasmant ce western coréen! Quelle energie à nous montrer 3 superstars coréennes se faire plaisir dans ce plagiat assumé du film de Sergio Leone. J'y ai vu aussi du Spielberg dans la conduite des scènes d'action, toutes plus ébouriffantes les unes que les autres. Certains pourront être abasourdis par la vivacité des séquences et c'est vrai que ça n'arrete pas! Mais faites vous plaisir et surtout revisitez ce que vous pensez du cinéma asiatique avec cette petite bouffée d'humour et d'action.

 

Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1976) : Joker sur ce film vu que c'est mon film fétiche. Mais tout de même, 3h00 de splendeurs visuelles et musicales sur un scénario que d'aucuns ont qualifié d'ennuyeux. Moi je n'y vois que le respect des us et coutumes de l'époque et je révoque totalement l'ennui. Après l'avoir vu 13 fois, la 14ème m'a toujours autant émue et je ne voulais clairement pas que ce film finisse. La salle était pleine à craquer de jeunes (et moins jeunes) qui ont tous applaudi chaudement au générique et beaucoup sont restés jusqu'à la fin de celui-ci (quelle musique!) pour applaudir à nouveau. Pour un film âgé de près de 50 ans... pas mal.

 

Hombre (Martin Ritt - 1967) : J'ai poursuivi avec un autre film de Martin Ritt. Déçu cette fois-ci car le propos est trop mince (la défense et le respect du peuple indigène indien) et l'étude des caractères pas assez poussé. Paul Newman est très en réserve et malgré une belle scène montrant la lâcheté des personnages, le film ne m'a pas convaincu.

 

Princesses Mononoke (Hayao Miyazaki - 2000) : Même les ignares en animes japonais (que je suis) connaissent ce film. Il est arrivé en France 3 ans après sa sortie au Japon où il avait battu tous les records d'affluence. Miyazaki s'est retrouvé comparé à un Kurosawa des temps modernes. Rien que ça... Le film brasse une vaste panoplie de sujets toujours très d'actualité : le rapport des hommes à la nature, la vengeance, la condition féminine ou encore la tolérance en général. Même si je pense que l'animation à progressé depuis, le film reste une référence en la matière et a fait rentrer les animes japonais dans le cinéma mondial. Nulles mièvreries dans le propos : que des bons sentiments placés dans un contexte historique japonais qui parlera à tous. 

 

Your name (Makono Shinkai - 2016) : J'ai pris une vraie claque lors de sa projection : les images sont toutes plus belles les unes que les autres, les lumières somptueuses et l'intrigue remarquable. Accrochez-vous pour suivre nos deux héros dans leur pérégrinations sentimentales et temporelles. Sorti en 2016 au Japon et en France, le film a été acclamé par la critique, a reçu de nombreux prix internationaux et a été l'un des films d'animation les plus rentables de tous les temps. Si vous voulez découvrir les animes japonais, c'est sans doute ce film qu'il faudrait voir en premier, car il vous convaincra. Mais après, les autres pourraient paraître un peu moins soignés...

 

Belladonna (Eiichi Yamamoto - 1973) : Cet anime japonais est un OVNI pour moi. Sorti en 1973, il est le dernier opus d'une trilogie de films érotiques. Il s'inspire (librement semble-t-il) d'un essai de Jules Michelet : La Sorcière. Au moyen âge, Jeanne est violée par son seigneur qui lui refuse le droit de se marier avec son amour. Le diable séduit alors Jeanne pour en faire une sorcière puissante et désirable. Il est peu de dire que pour l'époque, le film faisait partie des œuvres expérimentales : une histoire du moyen-âge représenté par des dessins, partiellement animés, d'inspiration "Art Nouveau" (Klimt, Redon ou Alphonse Mucha) et d'une musique psychédélique. Le décalage a très bien marché avec moi mais je dois avouer que la salle était très partagée, pour dire le moindre. L'érotisme est ultra-présent et peut aussi déranger. Mais c'est une oeuvre féministe avant-gardiste qui a tout de même value au studio de déposer le bilan... Allez-vous oser?

 

Paprika (Satoshi Kon - 2006) : Satoshi Kon a sorti ce film en 2006, 4 ans avant son décès. Il est considéré comme l'aboutissement de son travail et de ses recherches. Le scénario est complexe, mélangeant des visions de rêves et de réflexions sur le progrès scientifique en général. J'ai trouvé que la représentation des rêves, tels que enregistrés par une machine, autorise des libertés créatrices incroyables, mais qui peuvent aussi perdre le spectateur. Ce fut mon cas. Mais le scénario, intelligent, porte forcément à réfléchir. Une oeuvre importante à la réalisation remarquable.

 

Heat (Michael Mann - 1999) : Pour terminer le festival Lumière (prix Lumière décerné à Michael Mann), Heat était au programme. Je n'avais pas eu un souvenir mémorable de la projection en 1999 et je confirme mon sentiment d'un polar poussif, qui ne sait pas choisir entre étude de caractère et film d'action. Pour finir, il n'est ni l'un ni l'autre. Alors qu'est-ce qui cloche dans ce film selon moi? Tout d'abord le rapport tant attendu, à l'époque, entre Pacino et De Niro, tombe à plat avec de rares scènes entre les deux acteurs qui ne font pas mouche. Pacino en parle dans sa biographie et souligne qu'il n'y avait pas eu de répétitions entre les acteurs (choix de De Niro). Je trouve cette scène pauvre en émotion et surtout très creuse dans son contenu. Ensuite les seconds rôles féminins, totalement écrits pour mettre en valeur... les 2 acteurs principaux. Même le rôle de Natalie Portman ne sert pas à grand-chose. Dommage. Enfin parce que je me suis tout simplement ennuyé : c'est au bout de 1h45 que l'on sort de la présentation des personnages et qu'un scène d'action arrive et il faudra encore attendre 45mn de plus pour enfin arriver au dénouement final. Au final, un film bien trop long (170mn) qui accouche d'une souris.