
Jeudi 15 octobre 2026, 20 h, Cinéma Le France à Thonon
Green Book (sur les Routes du Sud),
Peter Farrelly, 2018
Présenté par Guillaume du Silencio
Avec Viggo Mortensen (Tony Lip Vallelonga) et Mahershala Ali (Docteur Donald Shirley)
En quelques mots :
Premier film de Peter Farrelly sans son frère Bobby, il obtient de nombreuses récompenses, notamment trois Oscars, dont celui du meilleur film.
Il s’attache à la biographie d’un célèbre musicien noir dans l’Amérique des années 60, Don Shirley et de son chauffeur-garde du corps Tony « Lip » Vallelonga, rappelant le parcours difficile de la lutte contre la ségrégation raciale.
A bord d’une luxueuse Cadillac vert torrent, le duo mal assorti avancera sur les Routes du Sud, apprenant l’un de l’autre, et tirant leçon de leurs mésaventures, et des « paysages » qu’ils traverseront.
Contexte historique :
Dans la période du film (1962), la ségrégation raciale est encore très forte dans les états du Sud. Donald Shirley venant du Nord, beaucoup plus souple sur l’égalité raciale, découvre donc cette réalité, en compagnie de Tony « Lip » Vallelonga, lui-même issu d’une population ayant subi des discriminations, la communauté italienne.
Aux États-Unis, cette ségrégation n’était pas uniquement le fait d’un racisme populaire, mais bien institué par les lois (surnommées Jim Crow, d’après un personnage caricatural de noir américain, figure populaire du black face des années 1800), et chaque état pouvait interdire ou limiter l’accès à des lieux, des commerces, etc. aux populations noires : pour rappel, selon la loi fédérale, les états étaient en droit d’appliquer la doctrine de « l’égalité dans la séparation », qui instituaient donc dans les textes la ségrégation.
Le Green Book, écrit par Victor Hugo Green en 1936, s’appliquait à proposer des adresses sûres, pour que les voyageurs noirs puissent se loger, se nourrir ou accéder aux services habituels des voyageurs.
Analyse du fond :
Tony va évoluer au fil du film. Etant lui-même italien, et ayant donc subi des stéréotypes (il est courtisé par la Mafia pour sa seule nationalité), il est plein de préjugés en début de film (la scène des verres). Son parcours avec Donald va l’amener à découvrir les différences entre blancs et noirs : aucune, sauf culturelles.
Le duo est d’ailleurs iconoclaste puisque le noir est un personnage délicat et artiste, docteur en philosophie et musicologie de surcroît, d’une grande finesse dans son vocabulaire et sa manière de se sociabiliser, alors que le blanc est rustre, peu cultivé et bourré de préjugés. Ils vont chacun évoluer vers une forme de happy end inhabituelle, mais évidemment touchante.
Le film est co-produit par Nick Vallelonga, fils du vrai Tony, qui a connu le vrai Donald : une caution sur le fond, donc, même si des aménagements ont dû être amenés au récit pour répondre aux nécessités narratives, notamment de rythme et de structure.
Anecdotes et informations sur le film :
Une affaire de famille :
Nick Vallelonga joue lui-même dans le film (l’un des mafieux), et son père y joue aussi (le rôle de son propre père). Nick a fait engager des membres de sa famille comme extras, en faisant croire à Viggo Mortensen que Peter Farrelly était à l’origine de l’embauche, et à Peter Farrelly que Viggo Mortensen s’en portait garant. Les deux ont découvert la supercherie après plusieurs semaines de tournage.
Le vrai Tony Lip a joué un rôle dans la série des Sopranos, série télévisée américaine, dramatique et criminelle, Viggo Mortensen regardait la série pour en copier la gestuelle et le parler de son modèle.
Accueil :
L’Oscar du meilleur film a fait polémique.
Le film était considéré comme maladroit, car il présentait la communauté noire du point de vue blanc et sans grand intérêt en termes de mise-en-scène. Mais il remporta un grand succès populaire avec plus de 300 millions de dollars de recette dans le monde
Oscar du meilleur film, du meilleur scénario et du meilleur acteur de second rôle pour Mahershala Ali (premier musulman oscarisé).
Le trio Mortensen-Ali-Farrelli :
Viggo Mortensen est acteur depuis près de 20 ans lorsque sort Le Seigneur des Anneaux (2001, 2002, 2003, trilogie dans laquelle il joue Aragom), il devient instantanément une star, et ce statut ne le quittera plus (A history of violence, Les promesses de l’aube, La route, Captain fantastic), même s’il se tient éloigné des grosses productions et privilégie les films d’auteurs.
Pour le rôle de Tony dans Green Book, il a pris 20 kg.
Mahershala Ali, dont le prénom complet est Mahershallhashbaz (prénom biblique réputé le plus long, est donc le premier acteur musulman à remporter un oscar (et même deux : en 2017 pour Moonlight de Barry Jenkins, et donc en 2019 pour Green Book). Il s’est d’abord fait connaître dans des séries TV à succès (Les 4400, Treme), puis a explosé dans House of Cards, et donc Moonlight.
Peter Farrelly est l’un des deux frères auteurs des comédies déjantées des années 1990-2000 : Mary à tout prix, Fous d’Irène, L’amour extra-large… Green book est son premier film en solo, et aborde un tout autre genre.
Anecdote « croustillante » : Tony aimait vraiment manger des pizzas entières pliées et roulées, comme dans le film. Bonne dégustation !
