Le cinéma d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui, Le cinéma qu’on aime, le cinéma qui nous anime !

Le Lac, de Fabrice Aragno, selon Céline

 

Une confession muette, mais pas silencieuse. 

Une odyssée masquée, derrière une course tumultueuse. 

Un temps d'échanges nécessaires entre deux êtres pris dans la tourmente. 

Le Lac est le théâtre de leurs questionnements, de leurs sentiments mis à l'épreuve. 

Une femme invitée à reprendre sa vie. Mais quelle en sera l'issue ? Une respiration. 

 

Merci Fabrice. 

 

Pour ce Lac qui sait si bien raconter avec le langage emprunté. 

Des images et des sons qui savent dire sans énoncer. Des silences tout en éloquence.

Le Lac, le Léman, participe, mieux qu'un troisième interlocuteur, à un échange nécessaire entre deux êtres bousculés. 

Une main tendue à une femme perdue. Elle sortira la tête de l'eau quand "Ulysse" se noiera sous les flots, quand il sera pris dans les algues combattues au couteau, quand il étouffera dans les voiles de son invincible bateau. Quand elle gravira le mât, et étendra les bras. 

 

La poésie des ciels et des rivages, des vagues et des nuages. Ces vagues d'un noir Soulages, Turner des orages, ou sérénité d'un Courbet aux huiles apaisées, d'une aquarelle fluide, d'un dégradé de lumières. L'eau peut devenir verte prairie, et le ciel sombre infini. 

 

Une maison morte, fantôme à notre porte, hante Valloton dans les plus frais bocages. Le ballon roule, lancé hors champ par la voix d'un enfant. 

 

La main caresse, protège de la lumière, retient les rêves, et les ténèbres. Elle cherche, brille, tient ou retient, prend et apprend, tire et déchire, lâche et atteint enfin, un ciel plus clément. 

 

Le visage éteint d'une femme brisée, d'une mère orpheline, d'un couple étouffé. La tentative veine de braises à raviver, quand on ne voit dans le ciel que le cygne, la vierge et le bouvier.

 

Une course du desespoir, une vie, un au revoir. Le bruit qui cogne ou qui chuchote, qui violente et apaise. C'est la Guerre, le Potemkine. La pluie, l'orage dans la cabine. C'est la Paix, abysses limpides. Et après?

 

Une enfant pour son père écrivit:

"Le vent raccomode ma ligne de vie. "

Savait-elle ce qu'il entendrait? Il entendit le chant de son film, et l'offrit.