Le Silencio va au cinéma
Furcy, né libre, Abd Al Malik (2026)
D'après Mohamed Aissaoui : L'affaire de l'esclave Furcy

Ça commence par un slam
Poème qui gifle et qui clame.
Ça commence par un regard
Brisé, usé, aveuglé. Presque.
Ça commence par une date. 1817.
En 1817, Napoléon n’est plus empereur. Mais il a laissé des traces. Il a rétabli l’esclavage dans les colonies, que la Révolution avait aboli, interdit la traite des noirs, certes, sous la contrainte de l’Angleterre. Quand il abdique, 3 mois plus tard, le décret est signé. C’est une
première porte vers la liberté.
L’abolition de l’esclavage ne se fit pas en une nuit. Tout comme le combat de Furcy. En 1845, après 28 ans de lutte acharnée, il gagne son procès, est reconnu enfin libre. En 1848, les abolitionnistes font signer la fin de l’esclavage. Un combat similaire, de part et d’autre de la liberté, parallèle.
Furcy n’aurait rien pu faire s’il n’avait pas su lire.
Dans le film d’Abd Al Malik, tout est affaire de mots, d’écriture.
A commencer par l’acte d’affranchissement de sa mère Madeleine, plié, conservé, caché comme un trésor au fin fond de ses affaires. En avait-elle pris connaissance, et préféré l’esclavage protecteur de son maître Lory? L’avait-elle ignoré, par absence d’instruction? C’est la lecture de ce “bout de papier” qui initie l’épopée de Furcy. Il est né libre. Qu’il en soit ainsi.
A commencer même avant par sa relation avec Virginie, cette femme libre, préceptrice dans la maison des Lory. Elle incarne la liberté, la joie volubile, la vie, la culture. Sans elle, il n’aurait pas appris à lire. Sans elle il n’aurait pas pu écrire son nom sur le sable, comme Eluard écrira: Liberté. Sans elle il n’aurait pas pu transmettre ce savoir comme gage d’évasion, de pouvoir à un autre esclave.
A continuer par l’étude du code noir, du code civil, de tous les écrits concernant son affaire.
A continuer encore par sa correspondance avec le procureur Gilbert Boucher (Romain Duris), qui l’accompagnera, puis s’effacera, pour réapparaître avocat vieux, malade mais magistral dans la défense de Furcy, procès de sa vie.
Posséder le savoir lire, le savoir écrire est l’un des flambeaux d’Abd Al Malik, qui connaît si bien l’usage des mots. Son film a vocation éducative. Les lois s’écrivaient sur le continent. Loin des coups de chabouk, loin des pendaisons, loin des crochets à viande qui suspendent des corps humains. La caméra d’Abd Al Malik évite les images crues, mais les suggère tellement qu’on est persuadé de les avoir vues. On voit quand même. Il faut qu’on voit.
On voit aussi le rêve dans lequel vit Virginie, splendeur des paysages.
On voit le rouge du sang, des blessures agonisantes.
On voit le noir des cachots, des braises éteintes et des corps morts.
On voit aussi les couleurs gourmandes des confiseries de Furcy, libre sur l’Île Maurice. Et le regard éloquent de ses deux esclaves achetés pour brandir fièrement cette liberté acquise.
De la découverte de son état d’homme libre en 1817 à sa reconnaissance en 1845, 28 ans de lutte individuelle.
De l’abolition de la traite des noirs en 1815, à celle de l’esclavage en 1848, 33 ans de combats politiques.
Le film d’Abd Al Malik - poète, rappeur, écrivain..., cinéaste- pose notre regard sur notre histoire pour que les mots continuent de libérer.
Liberté, égalité, fraternité... posons-nous la question: sommes-nous dignes de les clamer?
Furcy, né libre se termine comme il a commencé. Avec des mots. Sans visage cette fois. Un poème essentiel. L’écouter, le sentir vibrer, pour mieux l’emporter. L’histoire doit continuer.
Déjà le collectif musical AMF la poursuit dans son album “Furcy Héritage”: “Sans liberté, sans justice et sans mémoire, il n’y a pas d’avenir possible”. (extrait de Sine Qua Non, chanson de AMF (Abd Al Malik et Mattéo Falkone) avec Youssoupha, Pit Baccardi, Kulturr, Soprano, Juste Shan
Furcy, un livre, un film, une musique.
