Le Silencio va au cinéma
Jean Valjean

Vu Par Eric
Le film se concentre sur la période peu explorée de la sortie du bagne de Jean Valjean, avant sa rédemption. Cette approche permet de découvrir un personnage sombre, en colère sous des apparences de soumission, et de suivre sa transformation face à la bonté de Monseigneur Bienvenu Myriel. Cela donne lieu à des huis clos intéressants intellectuellement, plaidant pour la seconde chance pour tous, ce qui résonne aussi à notre époque. L'interprétation est à la hauteur. Aimant beaucoup Grégory Gadebois, j'avais peur qu'il me déçoive avec un personnage si imposant. Mais pas du tout car j'ai trouvé sa performance puissante et digne des grands prédécesseurs, tels Gabin ou Ventura. Ça n'était pas gagné pourtant... J'ai été moins convaincu par le personnage de Campan (Monseigneur Bienvenu) qui me semble être joué un peu naïvement.
Par contre le film peine à emballer l'audience. On s’ennuie presque (quelques bâillements par ci par là) car son classicisme un peu scolaire, comme un devoir appliqué, avec des flash-back et une voix off parfois intrusive, n'est pas réveillé par une mise en scène trop sage, manquant d’audace ou d’envolée lyrique (sauf peut-être la scène de la pièce de monnaie). La colorimétrie grisâtre et l’aspect dépouillé, bien que voulus et sans doute une bonne représentation de l'époque, m'ont paru pauvre esthétiquement, donnant un goût de téléfilm.
Il est dommage quelque part de n'avoir pas su emballer le public avec un tel personnage, très bien interprété encore un fois. Jean Valjean mérite sans doute plus de lyrisme.
Vu par Céline
La lumière grise accompagne la sortie de Jean Vajean du bagne qui l’a enfermé 19 ans. La porte s’est ouverte pour que se ferment les portes. Gris sont les rochers que martèlent ses galoches, grises sont les pierres contre lesquelles il se cale, gris les visages près d’un feu dont on l’éloigne.
Et puis une main se tend, et indique un foyer. Un sourire l'y accueille sans demande de loyer. La méfiance s'apaise. De chaque côté.
Madame Magloire, dure et froide, d’une prudence suspicieuse, sait éclaircir son visage quand les doutes sont apaisés. Alexandra Lamy est juste et simple, sait donner à son personnage complexe l'entièreté de sa fragilité. Bienvenu en est le garant. Sa constante foi en l’humain s’oppose à toute résistance et donnera raison à ses convictions. J’avais du mal à imaginer Bernard Campan dans ce personnage, et pourtant! Sa mine sereine et confiante est l’encouragement nécessaire à la renaissance de son hôte déchu. Il a pourtant ses ombres aussi, qui éteignent sa lumière quand elles refont surface. Campan élancé , souriant, vivant est le pendant parfait de Gadebois, en ancien forçat lourd de ses peines , fort de sa rage, éteint de son désespoir… et dont la flamme de vie n’attend que de se raviver. Baptistine tempère, soutient, rassure, croit en son frère, plus qu’en le genre humain. Qui d’autre qu’Isabelle Carré pouvait offrir cette lumière à ce foyer particulier?
Mais les souvenirs défilent. Des figures de misère soulèvent la poussière des murs. Mise en scène esthétique forte. Cadrage, décors, éclairages, couleurs, fondus. La pierre blanche à casser, casser les dos, casser les vies. L’or blanc des maîtres qui charrie la mort des êtres. La plupart des forçats ne sont là que parce qu’ils avaient faim.
L’homme bon sous les coups, l’injustice, le mépris… l’homme bon devient méchant. L’homme méchant loin du joug, du jugement, à qui l’on offre le pain, le sourire, la confiance, à qui l’on tend la main, peut renaître de ses cendres.
A l’origine il y a une œuvre. Littéraire. Immense. Historique, sociale, et philosophique. Une œuvre incontournable qui en a fait naître mille autres, tentant d’extraire de l’écriture de Victor Hugo la quintessence de son histoire. Mais au commencement il y a un homme, qui malgré sa force surhumaine, malgré sa bonté naturelle, malgré son innocence se retrouve piégé dans les dédales d’une société en pleine mutation. Au commencement, il y a la faim, la fin. Et puis il y a la main tendue. Au commencement, il y a Jean Valjean. Et il y a Bienvenue.
L’histoire des Misérables est universelle, et trouve ses résonances en chaque époque. Le portrait de ce personnage est peut-être essentiel.
