Le Silencio va au cinéma

L'Odysée - Christopher Nolan - 2026

 

 

 

Vu par Eric et Guillaume

 

Selon Eric

Voilà un formidable divertissement qu'il faut absolument voir sur grand écran. Car il faut bien cela pour apprécier cette immersion réussie dans une Grèce antique mythologique crédible, avec la présence de créatures fantastiques (Cyclope, sirènes, une sorcière, etc.). Il est clair que Nolan a su transformer une œuvre littéraire exigeante, faite surtout de monologues lyriques, en succès populaire. Et ce, sans perdre le spectateur dans la foultitude de personnages.

 

On peut y voir un film imparfait, mais il représente un morceau de cinéma monumental, porteur de vérités existentielles sur notre époque chaotique, le rapprochant thématiquement d'Oppenheimer (fascination pour le chaos, l'homme confronté aux conséquences de ses actes). Le traitement temporel de l'histoire n'échappera pas aux fans de Nolan, car ils savent que c'est son crédo (même si, dans ce film, la notion est moins exploitée).

 

La construction narrative éclatée m'a bien plu : les changements de point de vue et de temporalité enrichissent le récit sans jamais ressembler à un exercice de style artificiel, le film épousant la forme originale d'Homère plutôt que de l'imposer.
Il semblerait que Nolan ait su rester proche de l'architecture du poème — les personnages principaux et les thèmes fondateurs, avec une structure narrative alternant le périple d'Ulysse et le parcours de Télémaque, comme chez Homère.

 

Par contre, Nolan (malgré un film de 3h00) a dû faire des choix : bien des aventures ne font pas partie du film, comme par exemple la présence physique des Dieux de l'Olympe (seule Athéna, incarnée par Zendaya, apparaît régulièrement). On pourra aussi noter que, dans l'épisode du Cyclope, la fameuse ruse verbale d'Ulysse se faisant appeler « Personne » a été abandonnée. Et Circée

 

L'accueil du film a été très favorable sur le plan du spectacle et de l'ambition, mais un débat est posé sur la question de savoir si Nolan modernise intelligemment l'Odyssée ou s'il en efface l'étrangeté et la logique morale antique au profit d'une sensibilité contemporaine.

 

Selon Guillaume

Allez, c'est l'une des rares séances que je m'offre en salle, donc on fait ça bien : iMax et vostfr. Let's go !

 

Pénélope attend, jour après jour, que son mari Ulysse revienne de la guerre de Troie, pourtant gagnée depuis plusieurs années. Dans sa demeure assaillie par les prétendants désirant son royaume, elle doit aussi gérer l'impétuosité de son fils Télémaque... Mais où est Ulysse ?

Adaptation monumentale et quasi biblique d'un texte fondateur, Nolan a dû tailler et refonder le récit pour l'accorder à ses obsessions. Famille éclatée, destin chamboulé par le sens des responsabilités du père, questionnement moral sur la justesse de ses actions... Une épopée hallucinante, qui allie très grand spectacle avec un intimisme étonnant, immersif. Bizarrement, je soupçonne que ce soit l'un de ses projets les plus personnels.

 

Pour habiter ce monde disparu, il fait appel à une troupe d'habitués, une famille de cinéma qui le suit vaille que vaille, sans crainte du ridicule. Un péplum, en 2026 ? Il faut être Nolan pour que ce projet prenne forme (ou Ridley Scott, mais ce ne sera pas le même résultat). Matt Damon est un Ulysse impeccable, touchant et puissant, remettant sans cesse en cause son statut, refusant de revenir à Ithaque avec un esprit rongé par la culpabilité. Tom Holland joue un jeune Télémaque touchant, convaincu d'avoir un rôle à jouer, mais manquant de repères et étouffé par les prétendants qui aliènent son château depuis trop longtemps. John Leguizamo a un rôle central, touchant et cruel, mais le joue parfaitement (un acteur salement sous-estimé). Eliott Page, Anne Hathaway, Zendaya, tous ont des rôles parfois courts, mais impactants. Le plus fort restant Pattinson, odieux, infect, malveillant, une pure saloperie de cinéma. L'iMax permet de profiter de chaque frémissement, chaque plissement de peau, c'est tétanisant.

 

Et derrière ses caméras absurdes, Nolan tient la barre, radical et n'hésitant jamais à en faire trop. Les scènes d'action sont brutales et sanglantes, les créatures sont hallucinantes, le récit est un immense train, lent et cliquetant au début, puis de plus en plus massif, bruyant et rapide au fil des minutes. Et quand la fin arrive, avec son écran-titre, au bout de 3h, on se rend compte qu'on a fait le voyage, nous aussi, sans nous rendre compte du temps qui passe. C'est presque agaçant de le dire, de l'admettre, mais Nolan me régale à chaque nouveau film. Celui-ci est une forme d'aboutissement excessif et épuisant pour un genre rare, l'épopée. La musique est ajustée à la seconde près, avec autant d'intensité et de radicalité.

 

Sur grand écran, en vostfr, c'est juste monumental. Presque fatigant, le son est monstrueux, l'image gigantesque, tout nous emmène ailleurs. La grande qualité du cinéma de Nolan, regardé dans ces conditions, c'est son immersion absolue. Il fait du cinéma hyperbolique. À voir absolument, bordel !

La salle était pleine (quand je dis pleine, c'est 2 places libres au premier rang, sur 450), ce mec a touché quelque chose depuis plusieurs années.