Le Silencio va au cinéma
Le chant des forêts, Vincent Munier, 31 décembre 2025

Vu par Céline
Je voulais terminer l’année, sur une parenthèse de sérénité. Le film de Vincent Munier était tout indiqué.
Bien sûr, un documentaire sur la forêt aujourd’hui ne peut pas être vraiment rassurant. Elle si souveraine, présente depuis la nuit des temps, a toujours eu le charme d’être à la fois abri, refuge et lieu de mystères et d’inquiétudes. Le réchauffement climatique la met en péril, comme tout milieu naturel. Mais elle reste apaisante, par sa fraîcheur, ses odeurs et sa musique constante.
La famille Munier la connaît mieux que personne. Elle s’y invite de père en fils. Le chant des arbres est une histoire de transmission. Une histoire d’amour.
-Raconte-moi une histoire!
-Laquelle?
-Celle de ton premier grand souvenir!
Ce sera celle du Grand Tétra, pour Michel. Puis celle du coq de bruyère, pour Vincent. Et toi, Simon, laquelle raconteras-tu quand tu seras père?
Ces histoires se racontent au coin du feu rythmées par les craquements des braises. Ces histoires se découvrent en chuchotant, caché sous un arbre, ou derrière une pierre. Ces histoires souvent se révèlent dans le noir, la pénombre, lorsque s’endort l’activité humaine.
C’est le bal des ombres qui se dessinent sur le ciel encore clair. Les cervidés prudents apparaissent comme des silhouettes de carton noir, immobiles sur un fond de soir.
C’est le jeu de cache-cache des plumages chamarrés sur fond d’écorces tachetées. On les entend. C’est le pic noir à tête rouge! Non, le pic épeiche! Ou bien…
Des sifflements deviennent signes de ralliement de la famille à l'affût. La faune semble dupe et se laisse observer.
“Et là! Regarde le trou de ce tronc!” Merveille, une petite chouette pointe son bec. Et une deuxième! La mère veille. Immobile, elle guette le danger. Ses petits la regardent, elle est leur seul repère. Ils piaillent. Elle voudrait qu’ils se taisent. Puis se rassure, et leur donne la becquée.
Ces histoires ne cessent de se conter. Avec émotion, excitation, sagesse, passion. Dans la grisaille des forêts d’Europe hivernale. Pour voir le Grand Tétra, il faudra aller là où il fait plus froid. Depuis quelque temps il a disparu de nos espaces connus. Michel emmène son petit-fils en Norvège. L’enfant est prêt. La lumière est d’or et de rose. Étonnant, elle est plus chaude. Mais la quête prendra son temps. L’oiseau viendra, superbe, surprenant.
Gros plans sans profondeur de champ sur ces oiseaux rares dans l’instant. Plans large sur leur domaine, cette forêt aux silhouettes presque humaines. Étendues d’eau sur lesquelles se posent les hérons, quand lynx et renards surviennent à l’horizon.
Le chant des forêts nous berce de sa douce ballade.
Sérénade qui traduit la quiétude d’un monde en équilibre. On creuse un abri. On cueille une baie, un fruit. On guette une proie que l’on attaque, presque sans bruit. Le souffle dans les feuillages, les bruissements d'ailes, les chants, les brames, les feulements; les sabots qui frappent, les bois qui se battent, les becs qui claquent… sont parmi les instruments de ce concert permanent. Parfois troublé par le moteur et les pales d’un intrus dans le vent.
Mais la menace est bien plus grande. Michel, Vincent, Simon déjà, le savent. Ils savourent et préviennent. Écouter leur alerte, transmise avec calme et bienveillance, est un combat que je veux bien entendre.
