Le Silencio va au cinéma
Le gâteau du président de Hasan Hadi - 2026

Vu par Céline
Production qataro-américano-irakienne
Irak des années 90 sous le régime totalitaire de Saddam Hussein.
Une population pauvre et affamée, des cabanes de joncs flottant sur l'eau comme abri, des pirogues pour rejoindre la terre ferme, que l'on soit enfant pour aller à l'école, paysan pour vendre sur les marchés, mendiants pour voler de quoi manger.
Lamia a 9 ans. A l'école on apprend surtout à vénérer et craindre Le Président. On apprend qu'on risque d'être battu si on ne satisfait pas ses exigences. On apprend que la délation est la base de l'autorité. On apprend la peur. On grandit entre les soldats blessés par les attaques américaines,et les prisons remplies d'innocents dissidents. On apprend à satisfaire les caprices du Président. Régime de la Peur. Société dénoncée par le regard de deux enfants, qui affrontent les épreuves et dangers que leur inflige davantage leur propre pays que les avions ennemis. “Celui qui ferme les yeux a perdu”. Petit jeu anodin, défi surhumain, qui les aide à tenir. La magie, le pouvoir des enfants.
La lumière douce et chaleureuse qui éclaire les images, les pirogues tranquilles qui conduisent leurs passagers de tous âges dans un pays en naufrage, le sourire paternaliste de Saddam Hussein… sont autant de mensonges qui ne trompent personne.
L'autorité injuste, la justice sans pouvoir, la malveillance des institutions sont détournées par quelques bonnes âmes. Tout ça pourquoi ? Une instance à relever. Le jeu en vaut-il la chandelle?
Un gâteau pour le Président a été présenté en ouverture au Festival de Cannes 2025, salué par la critique, reconnu pour la qualité de son scénario et de sa mise en scène , la qualité de ses interprètes non professionnels, dont les performances étaient plus vraies que nature.
On y a vu une fable, un parcours initiatique, une quête illuminée de beaucoup d’humour.
Je n'y ai pas vu de fable. J'y ai compris une atroce réalité. Celle d'un peuple pris en otage.
Je n' ai pas suivi de quête initiatique, j'ai avancé avec des enfants par instinct de survie. Avec leur capacité à enchanter les mondes ensorcelés.
Je n'ai ni ri ni souri, j'ai tenu bon en m'accrochant à ce ballon. Ballon rouge qui survole la misère et symbole de l'espoir que garde un enfant. Espoir, bulle d'air nécessaire, liberté apparente de l’enfance à laquelle on voudrait croire.
Une quête initiatique aide les enfants à grandir. Saeed et Lamia sont grands depuis longtemps. Mais l'horizon qui les appelle ne promet aucun enchantement.
Pourtant, la toile de fond politique aurait pu rendre le propos insoutenable. Des personnages rares se tiennent près des enfants avec une réelle bienveillance. D'autres sournois, pour ne dire que ça, apparaissent comme dans les contes en mauvais esprits auxquels les jeunes aventuriers parviennent à échapper. C'est ce parfum de Pinocchio qui donne au film de Hasan Hadi Des allures de conte plus facile à écouter, à regarder. Un ton de comédie douce-amère l'emporte, Je l'accorde finalement, et nous laisse garder confiance en la vie.
Un tour de force magistral !
