Scripte (Script)

Le scripte au cinéma assure la continuité et la cohérence des scènes pendant le tournage

Le rôle de script (parfois appelé “secrétaire de plateau”) garantit que chaque scène du film s'enchaîne de manière fluide et logique, tant sur le plan visuel que narratif. En surveillant les détails tels que les accessoires, les costumes, les positions des acteurs et les dialogues, le scripte permet d'éviter les erreurs qui pourraient distraire le spectateur ou nécessiter des reprises coûteuses. Ainsi, le scripte joue un rôle essentiel dans l'efficacité de la production et la qualité finale du film, contribuant de manière significative à la réalisation de la vision du réalisateur.

La prise de notes consiste à prendre des notes détaillées sur chaque prise, incluant les dialogues, les mouvements de caméra, les actions des acteurs, et les détails techniques.

 

En s'assurant que tous les détails visuels et narratifs restent cohérents d'une scène à l'autre, comme les accessoires, les costumes, les coiffures, et les positions des acteurs, le scripte assure une bonne continuité dans les scènes. Il est ainsi le responsable de gestion du clap. 

 

En fin de journée, il devra rédiger un rapport quotidien qui résume ce qui a été tourné, les prises retenues, et les détails importants pour le montage et les jours de tournage suivants.

 

Il faudra aussi vérifier les détails techniques tels que la position des microphones, l'éclairage, et les mouvements de caméra pour s'assurer qu'ils correspondent aux prises précédentes.

 

Après le tournage, le scripte devra fournir des informations précises et détaillées au département montage pour faciliter le processus de post-production.

 

Manipuler la caméra ou décider des angles de prise de vue relève du directeur de la photographie ou du caméraman.

 

Donner des instructions aux acteurs sur la manière de jouer une scène est la responsabilité du réalisateur.

 

Écrire ou modifier le scénario est le fait du scénariste.

 

Le scripte n'a pas non plus la responsabilité des éléments du décor. Sa principale mission est de veiller à la continuité et à la cohérence des scènes pendant le tournage, en s'assurant que les détails visuels et narratifs restent cohérents d'une prise à l'autre. La responsabilité des éléments du décor incombe généralement au chef décorateur et à son équipe.

 

Des institutions comme La Fémis, l'ESRA, ou 3IS offrent des formations et des cours sur le script et la continuité.

 

Un BTS en audiovisuel avec une option montage et post-production fournira une bonne base technique.

 

Certaines formations courtes (formation de l’INA) ou ateliers spécialisés dans le script (ateliers de l’EICAR) et la continuité peuvent être utiles pour acquérir des compétences spécifiques.

 

Au-delà des formations, des stages sur plateaux de tournage sont irremplaçables mais difficiles à obtenir. Considérer aussi des stages en sociétés de production ce qui peut offrir une vue d'ensemble du processus de création cinématographique et/ou ouvrir des portes pour le métier de scripte.

 

Le métier de scripte au cinéma implique des conditions de travail spécifiques, souvent exigeantes, et l'utilisation de divers outils et technologies pour assurer la continuité et la cohérence des scènes.

 

Les horaires sont souvent longs et irréguliers, correspondant aux besoins du tournage. Les journées peuvent commencer très tôt et se terminer tard le soir, avec parfois des semaines de travail de plus de 40 heures.

 

Le travail se déroulant principalement sur les plateaux de tournage, qui peuvent être en studio ou en extérieur, cela peut impliquer des déplacements fréquents et des conditions variables.

 

Le scripte travaille dans un environnement dynamique et parfois stressant, donc il faudra rester concentré et attentif aux détails malgré l'activité alentour.

 

Sur le plan des outils, le scripte utilise souvent des carnets et des feuilles de script pour prendre des notes détaillées sur chaque prise, incluant les dialogues, les mouvements et les détails de continuité. Des logiciels comme Movie Magic Scheduling ou Final Draft peuvent être utilisés pour gérer les scripts et les rapports de continuité.

 

Et tout simplement, pour prendre des photos de référence des scènes, des costumes, des accessoires et des positions des acteurs afin de s'assurer de la continuité visuelle, un bon appareil photo numérique sera indispensable. 

Aux États-Unis, où le cinéma est connu pour ses productions à gros budget et son approche très structurée, la tendance est d’avoir des rôles très définis. La scripte (souvent appelée "script supervisor" ou "continuity person") est une figure clé, souvent très intégrée dans le processus de pré-production (dépouillement détaillé du script, préparation des rapports de raccord) et sur le plateau. L'accent est mis sur l'efficacité, la documentation exhaustive et la capacité à "sauver" des plans en post-production grâce à des notes précises. La relation avec le réalisateur est souvent très collaborative mais aussi très axée sur les tâches définies. Les syndicats jouent un rôle important dans la définition des tâches et des conditions de travail.

 

En Europe (notamment France, Royaume-Uni), le cinéma a une tradition d'auteurs plus forte, ce qui peut parfois donner à la scripte un rôle plus "artistique" ou du moins plus étroitement lié à la vision du réalisateur. En France, le terme "scripte" est souvent utilisé au féminin, reflétant une forte présence féminine historique dans ce métier. La scripte est considérée comme la "gardienne de la continuité" mais aussi comme un œil extérieur essentiel pour le réalisateur, capable de lui signaler des problèmes de jeu, de rythme ou d'intention. La collaboration est souvent plus intuitive et moins formalisée que dans les productions hollywoodiennes. Il y a un fort accent sur la compréhension de l'intention dramatique.

 

Japon : Le cinéma japonais, notamment l'âge d'or (Kurosawa, Ozu), a toujours mis l'accent sur la précision et l'esthétisme. Le rôle de la scripte est crucial pour maintenir cette rigueur. Cependant, la hiérarchie sur le plateau peut être plus prononcée, et le rôle pourrait être perçu davantage comme un exécutant très précis des directives du réalisateur. Le respect des rituels et des codes de production est important.

 

Le cinéma coréen contemporain, très dynamique et souvent innovant dans ses narrations, exige une grande adaptabilité de la part des scriptes. Les productions peuvent être très rapides, et la scripte doit être capable de suivre le rythme tout en maintenant une continuité impeccable, parfois sur des scénarios complexes avec des allers-retours temporels.

 

En conclusion, parfois, la scripte est vue comme le "bras droit" du réalisateur, très proche de lui pour la prise de décision sur le plateau. Dans d'autres contextes, elle peut être plus une "experte en continuité" qui fournit des informations au réalisateur et au monteur, mais avec moins d'influence directe sur les choix artistiques immédiats.

 

La première compétence est sans doute la connaissance des techniques de tournage : il faut bien comprendre les processus de tournage, les techniques de caméra, et les méthodes de production cinématographique. Cela va de pair avec la connaissance du langage cinématographique (les termes techniques et artistiques utilisés sur un plateau de tournage).

 

Comme pour beaucoup de métiers du cinéma, il faut être capable de travailler sous pression et de gérer son temps efficacement pour suivre le rythme du tournage (gestion du stress).

 

Un bon sens artistique permettra d'avoir une compréhension des éléments visuels et narratifs qui contribuent à la cohérence et à l'esthétique du film.

 

Être capable de collaborer étroitement avec les différents départements d'une production cinématographique, donc de travailler en équipe, est essentiel.

 

Avoir un œil aiguisé pour repérer les incohérences visuelles ou narratives, même minimes, est au cœur du métier. Son attention aux détails fera la différence. Cela sera possible grâce à sa capacité d’observation pour noter tous les détails pertinents et une bonne mémoire qui aidera à se souvenir des détails des scènes précédentes et à s'assurer qu'ils sont cohérents avec les nouvelles prises.

 

Un savoir-faire en communication lui permettra de bien communiquer avec le réalisateur, les acteurs et l'équipe technique pour signaler les problèmes de continuité.

 

L’art de la continuité (les raccords)

Le rôle de scripte exige de prendre des centaines de photos de chaque détail : le niveau d'un verre d'eau, le nombre de boutons fermés sur une veste, ou même la position d'une mèche de cheveux. Il faut avoir une véritable bible de photos.

Cela permet aussi de noter systématiquement avec quelle main un acteur saisit un objet. S'il prend son téléphone de la main droite en plan large, il ne peut pas l'avoir dans la main gauche au premier plan.

 

Le chronométrage permet de savoir si le rythme d'une scène change et d'estimer en temps réel la durée finale du film pour éviter qu'il ne soit trop long.

 

Le rôle est aussi le gardien de la géographie du film pour que le spectateur ne soit pas perdu. Par exemple en s’assurant que la “ligne des 180°” ne soit pas franchie, sinon, au montage, les personnages sembleront regarder dans la même direction au lieu de se regarder l'un l'autre ou si un personnage sort du cadre par la droite, il doit impérativement entrer dans le plan suivant par la gauche. C'est simple, mais facile à oublier dans le chaos d'un tournage.

 

 

Lien avec le montage (Scripte-edition)

Le professionnel prépare le travail du monteur pour lui éviter de visionner des heures de rushes inutiles. Par exemple, sur le rapport de montage, pour chaque prise, elle note les commentaires du réalisateur (« Prise 3 : superbe jeu, mais souci de mise au point »). On indique quelles prises sont "bonnes à tirer".

On peut aussi tracer des traits verticaux sur le scénario pour indiquer précisément quelle partie du dialogue est couverte par quel plan (large, serré, de dos). C'est la carte routière du monteur.

 

Sarah Y. Mason

Sarah Y. Mason (États-Unis) : Bien qu'elle soit plus connue pour son travail de scénariste (elle a même remporté un Oscar pour Petite maman en 1933), Sarah Y. Mason est souvent citée comme la première scripte de l'histoire du cinéma, ayant inventé le métier pour le tournage du film Arizona de Douglas Fairbanks en 1918. Son rôle a été pionnier dans la systématisation de la continuité et du suivi des détails sur un plateau de tournage, posant les bases de ce qui allait devenir une fonction indispensable.

 

« Une "script girl" est la seule personne sur le plateau qui connaisse le début, le milieu et la fin du film à n'importe quel moment donné. »

Angela Allen

Angela Allen (Royaume-Uni) : Angela Allen est une figure légendaire du cinéma britannique et international. Elle a travaillé avec des réalisateurs de la trempe de David Lean (Lawrence d'Arabie, Le Pont de la rivière Kwaï, Docteur Jivago), Carol Reed (Le Troisième Homme), et même des films comme Star Wars: Episode IV - Un nouvel espoir. Ce qui la rend emblématique, c'est sa capacité à gérer des productions de grande envergure, souvent dans des conditions difficiles (tournages en extérieur, effets spéciaux complexes), tout en maintenant une rigueur absolue sur la continuité. Elle est respectée pour sa discrétion, son efficacité et sa force tranquille face à la pression des grands plateaux.

 

« Une scripte doit avoir la peau d'un rhinocéros et la mémoire d'un éléphant. Vous êtes là pour protéger le film contre les erreurs de tout le monde, y compris celles du réalisateur. »

Sylvette Baudrot

Sylvette Baudrot (France) est considérée comme l'une des scriptes les plus emblématiques du cinéma français, Elle a travaillé sur une filmographie impressionnante, collaborant avec des réalisateurs de renom tels qu'Alain Resnais (sur de nombreux films comme Hiroshima mon amour, L'Année dernière à Marienbad, Je t'aime, je t'aime, Smoking / No Smoking, On connaît la chanson, Cœurs ou encore Les Herbes folles), Jacques Tati (Les Vacances de monsieur Hulot, Mon oncle, Playtime), Roman Polanski (Le Locataire, Tess, Frantic, Lunes de fiel, La Jeune Fille et la Mort, La Neuvième Porte, Le Pianiste, Oliver Twist, The Ghost Writer) et Costa-Gavras (État de siège, Section spéciale, Missing). Elle est emblématique pour sa capacité à maintenir une continuité impeccable sur des films souvent complexes, avec des temporalités éclatées ou des exigences visuelles précises. Son travail est cité comme une référence pour l'évolution du métier de scripte.

 

« La scripte est l'œil du monteur sur le plateau. Elle n'est pas là pour dire "Monsieur, la cravate est de travers", elle est là pour que le film puisse se monter. »

Suzanne Durrenberger

Suzanne Durrenberger (France) : Cette scripte a également collaboré avec des grands noms du cinéma, notamment Luis Buñuel (La Voie Lactée, Le Charme discret de la bourgeoisie, Le Journal d'une femme de chambre), Roger Vadim (Les Liaisons dangereuses, Et mourir de plaisir, Le Repos du guerrier) et Bernardo Bertolucci (Le Dernier Tango à Paris, 1900, Le Dernier Empereur, Un thé au Sahara, Little Buddha, Beauté volée). Elle est reconnue pour sa minutie et son dévouement à la vision des réalisateurs, contribuant à la fluidité narrative de films devenus des classiques. Sa relation particulière avec Bertolucci, qui la considérait comme essentielle, souligne l'importance de son rôle au-delà de la simple technique. Ses archives professionnelles ont été confiées à la Cinémathèque française, témoignant de l'importance de son travail pour l'histoire du cinéma.

 

« Avec Godard, mon métier consistait à noter ce qui se passait, car rien n'était prévu. Je n'étais pas là pour vérifier la conformité à un texte, mais pour devenir la mémoire d'une improvisation. »