

Le Léman en aura inspiré plus d’un, et Geneviève Hervé, à sa façon, l’a peint.
Camaïeu de bleus, du noir au blanc en passant par les verts les plus changeants, ou farandole de rouges, du rose de l’aube à l’orangé du couchant en passant par le pourpre d’une sérénade et l’indigo d’une nuit débutante, la palette du Léman est infinie. La lumière du ciel en est son premier peintre, vents et marées ses premiers chorégraphes.
Après Lamartine et Rousseau, Shelley et De Noailles, Hugo et… Philippe Katherine, après tant d’autres, plus célèbres ou anonymes, Geneviève Hervé a posé ses mots pour célébrer ce Lac qui l’a toujours fait vibrer.
Après Les Frères Lumières et Max Linder, après Godard et Delannoy, Miller ou Chéreau, après Fabrice Aragno (dont nous vous avons présenté Le Lac, en juin dernier), Geneviève Hervé a peint avec l’œil d’une photographe particulière, d’une vidéaste qui transforme ses images avec la joie d’un Jean-Christophe Averty, et la technologie qui ne cesse de lui offrir de nouvelles possibilités, depuis quarante ans qu’elle innove dans l’art pictural.
Ô Léman Beau est d’un genre unique et a su charmer son public. Amoureux du Léman venus des deux rives pour partager ce moment, curieux en tous genres, c’est à Thonon qu’on devait voir ce film. Geneviève Hervé a grandi entre Genève et Milan. Elle allait souvent avec sa mère, à qui le film est dédié, sur l'île Rousseau. C'était le temps des premières contemplations !
Mais c'est à Thonon, lycéenne, qu'elle a découvert l'émotion du cinéma. La richesse de son langage l'inviterait à développer le sien, et par le biais de ses images électroniques, elle parviendrait à exprimer la vaste palette de couleurs que lui inspire ce seigneur alpin.
Spectateurs et spectatrices ont reconnu les “portraits” qu’ils auraient pris du Léman qui les apaise tant, les comble à tout moment. Ils ont senti la joie d’Eléa Daléas qui danse au rythme des vagues, le rose et les étoiles qui pétillent avec elle. Une jeune fille qui fait irrésistiblement penser à celle que la réalisatrice a pu être dans ses jeunes années, même si cette ressemblance est involontaire.
Le charme de Ô Léman beau ne tient pourtant pas seulement au plaisir de reconnaître des cartes postales. Le coup de pinceau de Geneviève Hervé, pinceau électronique qu’elle promène de son doigt sur son écran, est la touche caractéristique de la réalisatrice : ses images, elle les re-définit au gré de ses envies, de ses émotions. Elle les monte comme on fait glisser une série de clichés collectés dans une boîte à trésors. Elle les teinte et les décore comme dans un album en scrapbooking. Elle y ajoute sa touche de magie enfantine, qui donne à son film ses étincelles de poésie. C’est son Léman, comme ce lac est celui de chacun de nous dès qu’on le regarde.
Après cette ode à notre paysage, c’est un autre hommage qui suivit.
Un hommage au cinéma. Cyberstars salue en effet le 7ème art comme seule pouvait le faire Geneviève Hervé. Des portraits qu’elle a signés en quarante années de festivals, des portraits qui témoignent de ses rencontres avec Juliette Berto ou Jodie Foster, Pedro Almodovar ou Spike Lee, Alain Delon ou Romy Schneider… Ces stars, elle les identifie à sa manière, selon les personnes qu’elle a vraiment connues. C’est là que réside son travail d’artiste. La prise de vue est sa matière première, argentique ou numérique, photo ou vidéo. Le travail de leur colorisation, l’ajout de fleurs, d’étoiles scintillantes sur des voies lactées auréolant ces visages tant aimés, le montage qui les entraîne dans une course folle révèle une reconnaissance pleine d’estime pour ceux et celles qui l’ont fait “vivre en cinéma”.
Peu de films peuvent se galvaniser d’un tel casting !
Hommage au Léman, hommage au cinéma, rendus par une artiste exaltée qui en une soirée a su présenter ce qui pourrait être son propre portrait.