
Reflet dans un diamant mort
“La lumière revient déjà, et le film est terminé…” au plus grand bonheur de certains spectateurs, quand d'autres en redemanderaient encore. Les uns se sont sentis pris en otages par une avalanche d’images violentes et de sons assourdissants, quand les autres savourent déjà le souvenir des univers cinéma reflétés dans ce diamant artistique et hurlant de vivacité!
Qui étaient ces spectateurs et spectatrices? De simples curieux? Des adeptes des James
Bond, de films d'action, d’espionnage et autres films de genre...? Nos fidèles adhérents, prêts à toutes les expériences cinéphiliques?
Car il s'agit bien d'une expérience à laquelle nous avons été confrontés.
Nicolas Lowys, responsable de la programmation cinéma d'art et d'essai / cinécultes des établissements Baud-Ciné, l'a bien souligné. Le film de Bruno Forzani et Hélène Cattet, couple franco-belge basé à Bruxelles, a donc bien divisé le public venu nombreux le découvrir. Nicolas Lowys était là pour éclairer nos
lanternes et permettre à chacun de mieux comprendre ce film “niche”, ses enjeux, ses codes
et ses références.
Le spectateur comme enquêteur de l'invisible
Ce que j'ai le plus apprécié finalement c'est d'avoir la sensation d'être promenée dans l'univers de Dali. C'est, je crois, la référence la plus constante tout au long du film. Le fil conducteur auquel je me suis accrochée. Fou et soigné, pop et psychédélique, géométrique et habité, sombre et illuminé.
Face à un déluge de couleurs kaléidoscopiques et de formes qui priment souvent sur le fond, la question de la place du spectateur a été soulevée. Dans ce labyrinthe cinématographique, nous ne sommes plus de simples observateurs, mais des enquêteurs cherchant des indices dans un décor qui ressemble parfois à une exposition d'art moderne. Une image digne des publicités les plus esthétiques, où lignes, cercles et spirales se croisent et s'entrecroisent. On assiste à des partages de plans insolites et audacieux, on
glisse dans des décors aux couleurs rappelant le cinéma d'Almodovar, on reçoit des éclaboussures sanglantes n'ayant rien à envier à Tarantino et on subit une bande son explosive! Trop forte pour beaucoup, elle résonne avec l’univers de la bande dessinée italienne et des romans d’espionnage type SAS (élément-clé du décor!)
C'est un cinéma de “niche” assumé (faible budget, style années 60-70, de la nudité, à thème d'horreur, sanglant), qui préfère offrir des épanchements de couleurs et des ressentis plutôt qu'une intrigue linéaire rassurante.
L’humour
Serpentik dévoilant coup sur coup mille et un visages, en changeant de voix à chaque fois, l'absurdité de plus d'une situation, certaines répliques, l’ultra-violence qui devient comique, l'autodérision sont notables. C’est l’élément scénaristique le plus maîtrisé à mon sens, et qui donne tout son équilibre à une narration qui nous égare sans scrupule.
En conclusion
On peut regretter l'absence de scénario; certains spectateurs ont réussi malgré tout à extraire un semblant d'histoire, mais ce n'est à l'évidence pas ce qui intéresse les auteurs. Des moyens "cheap", des solutions de subventions multiples (on ne compte plus les investisseurs dans la production mentionnés au générique!). Un film qui se donne des airs de superproduction sans avoir vraisemblablement beaucoup dépensé pour reprendre des dizaines de films cultes. Défi relevé! S'il participait à notre concours de films suédés, Reflet dans un Diamant Mort serait le champion!
Cette soirée a permis de comprendre que chez Cattet et Forzani, chaque plan est une idée, chaque meurtre est un baiser, et le cinéma reste avant tout une affaire de fétichisme et de passion pure.
Reflet dans un Diamant Mort, est, pourrait-on dire, un film d'auteur, de cinéma expérimental. En cela, il a tout-à-fait sa place dans une programmation de ciné-club. Découvrir des langages, s'intéresser aux expériences, reconnaître des écritures... Il a ses qualités, comme son côté satirique, sa critique des productions commerciales et de la publicité, sa connaissance du langage filmique, et la culture affirmée de ses concepteurs.
Je ne sais pas si pour autant je me laisserai tenter par un des trois autres films de ce couple de cinéastes déjantés. Ou par un de ceux qui suivront. Pour mieux comprendre sans doute